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Les Solanacées : généralités
jeudi 16 septembre 2010, par
La famille des Solanacées comprend des aliments très largement consommés, comme la pomme de terre et la tomate.
D’autres produits ont aussi une grande importance mais ont été moins étudiés sur le plan allergologique : le poivron (Capsicum annuum grossum), le paprika (Capsicum annuum cuneatum), l’aubergine (Solanum melongena esculentum) et les piments (Capsicum annuum longum, Capsicum annuum annuum). Pour l’un de ces derniers, le piment Habañero (Capsicum chinense), il a été suggéré la présence d’une protéine Bet v 1-like
.
Certains fruits exotiques proviennent aussi des Solanacées, tels les fruits du genre Cyphomendra (tamarille) ou du genre Physalis (pépino, tomatille,..). Il a été décrit un cas d’anaphylaxie à la tamarille
.
Les réactions alimentaires sévères aux solanacées semblent rares en France/Belgique : une observation seulement (pour l’aubergine) parmi les 900 déclarations au Réseau d’Allergo-Vigilance. en mai 2010, et aucun cas pour le poivron, la tomate ou la pomme de terre.
Poivron
Les cas publiés d’allergie au poivron sont très rares, bien que cet aliment soit trouvé dans un nombre croissant de plats préparés.
Un lien avec le latex est suggéré sur la base d’histoires cliniques
et de tests de réactivité croisée
. Mais les allergènes responsables de cette association sont mal compris :
- le cas rapporté par Gallo
serait favorable à une chitinase ; - tandis que pour les patients de Wagner
c’étaient plutôt une profiline et/ou une β1,3 glucanase qui croisaient.
Le poivron contient une profiline (Cap a 2).
- Celle-ci a une très forte homologie avec la profiline de tomate (Lyc e 1) et celle de la pomme de terre, ce qui est logique puisque ces aliments sont comme le poivron des Solanacées.
- Une coréactivité in vitro poivron-tomate a été relevée
du fait d’une sensibilisation aux profilines chez des sujets polliniques. Mais une allergie croisée tomate-poivron n’a pas été décrite. - Une étude a montré 32% de patients positifs pour rCap a 2 parmi des polliniques rapportant des réactions alimentaires à divers végétaux, dont le poivron
. - Dans l’étude de Jensen-Jarolim
, la réactivité la plus importante en blot concernait la profiline.
La β 1,3 glucanase du poivron n’a pas de relevance clinique encore prouvée. Elle participe à une réactivité croisée avec Ole e 9 du pollen d’olivier
.
Le poivron contient une ascorbate oxydase IgE-réactive ainsi qu’une PR-10 dont l’importance est, elle aussi, mal définie. Cette PR-10 semble présente dans certains cultivars de poivron mais pas dans d’autres
.
Il en est de même pour Cap a 1, une thaumatine-like, dont la bande de 23 kDa n’apparaît pas en SDS-PAGE pour certains cultivars
. Cette thaumatine-like (TLP) est responsable de réactivité croisée avec une protéine équivalente dans le paprika
, ce qui est logique.
- La forte homologie entre Cap a 1 et d’autres TLP, particulièrement de Solanacées, explique les résultats de blots positifs pour une même bande (23 kDa) dans le paprika, la tomate et la pomme de terre
. - Cela pourrait s’étendre à d’autres TLP comme Mal d 2 (pomme)
et la relevance clinique de Cap a 1 mériterait d’être étudiée car les TLP montrent une bonne résistance à la chaleur et à la digestion, ce qui est en faveur d’un rôle significatif en allergie alimentaire.
Aubergine
Très rares cas décrits, tantôt avec pollinose
, tantôt avec allergie au latex
.
Une association avec le latex ? Cela n’est pas certain.
- Par exemple, dans une observation, le test cutané pour l’avocat était positif mais il était négatif avec Pers a 1 (la chitinase de l’avocat)
; - et, dans un autre travail, l’inhibition de l’aubergine par le latex n’avait lieu qu’avec l’aubergine cuite, ce qui ne plaide pas en faveur d’une chitinase
.
L’aubergine africaine (Solanum aethiopicum cv. gilo) est traditionnellement cultivée dans le sud de l’Italie, avec l’appellation d’origine « Melanzana rossa di Rotonda ». Une étude a montré que cette Solanacée contenait une profiline et une LTP IgE-réactives et qu’elle donnait des réponses positives en TC et en TPO ouvert chez des patients polliniques (bouleau et/ou armoise)
.
Paprika
Le procédé qui mène du fruit frais (Capsicum annuum cuneatum) à la poudre de paprika semble affecter l’IgE-réactivité des profilines et PR-10 dans le paprika :
- Parmi 11 patients allergiques au poivron, 3 seulement avaient un TC positif pour le paprika

- ni rBet v 2 (profiline) ni rBet v 1 (PR-10) ne parvenaient à inhiber le blot paprika dans l’étude de Leitner
.
Par contre la thaumatine-like, homologue de Cap a 1 dans le poivron, subsisterait bien dans le paprika
.
La plupart des observations d’allergie au paprika concernent des expositions professionnelles (cf.
). Les cas d’allergie alimentaire sont très rares.
Il est possible que cela soit en rapport avec les faibles quantités ingérées et/ou résulte de l’effet de la cuisson sur la stabilité des protéines :
- Niinimaki a rapporté 3 cas de syndrome oral avec le paprika cru, les patients tolérant sans problème les plats relevés au paprika
.
Tabac
Une relation entre tabac et latex a été évoquée :
- un cas d’urticaire de contact chez un patient avec TC positif pour le latex et pour les feuilles de tabac, le latex inhibant le tabac in vitro

- une autre étude a retrouvé une réactivité croisée latex-tabac
.
D’autres travaux seraient nécessaires pour mieux délimiter cette éventuelle relation.



