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La carotte
mercredi 4 juin 2008, par
En Europe centrale, l’allergie à la carotte représente une cause fréquente (25 %) d’allergie alimentaire chez les polliniques au bouleau
.
La carotte est aussi à l’origine de symptômes respiratoires et de dermites de contact
, s’accompagnant parfois d’une allergie à l’ingestion aussi
et souvent non accompagnés d’une pollinose
.
- Ces cas peuvent avoir une origine professionnelle
. - Les symptômes sont souvent liés au contact avec la carotte crue.
Enfin, si la carotte peut représenter un "allergène caché" parfois redoutable
, la fréquence des réactions sévères avec la carotte en France est nettement plus faible qu’avec le céleri : 4 cas contre 40 dans le Réseau d’Allergo-Vigilance (mai 2010).
Wüthrich à Zurich donnait la carotte comme 3ème cause d’anaphylaxie alimentaire
, mais citait un autre travail, mené lui à Berne, où la carotte n’apparaissait pas parmi les causes principales d’anaphylaxie alimentaire …
Les facteurs locaux (environnement pollinique, habitudes alimentaires, consommation cru vs cuit, ..) sont à prendre en considération.
La carotte contient divers allergènes dont des PR-10
, une profiline, une cyclophiline et une isoflavone réductase (IFR).
Bien que des positivités LTP en tests in vitro et/ou des réactivités croisées aient pu être observées
, la carotte mature, telle que consommée, semble dépourvue de LTP
.
- Ballmer-Weber fait l’hypothèse d’une glycosylation du recombinant LTP issu de levures pour expliquer les positivités in vitro
. Et la LTP naturelle utilisée dans certains travaux provenaient de culture de cellules embryonnaires
. - Asero classe la carotte parmi les “ aliments non-LTP ”
.
La relevance clinique de la cyclophiline et de l’IFR n’est pas établie et, si l’IFR croise avec Bet v 6 ou Pyr c 5 (poire), la cyclophiline ne semble pas croiser avec Bet v 7
.
- La positivité de 40 % parfois relevée pour Bet v 6 chez des sujets allergiques à la carotte
n’implique pas que cette réactivité se traduise cliniquement par réaction croisée avec la carotte.
Les PR-10 de carotte sont appelées Dau c 1.
- Comme pour d’autres PR-10, elles comportent des isoformes assez différentes.
- Ici l’isoforme Dau c 1.0201 diffère beaucoup de Dau c 1.0104, au point qu’elle n’inhibe Dau c 1.0104 que chez 5 patients/24
. - Cela se traduit aussi par des réactivités différentes et pourrait peut-être servir pour améliorer le diagnostic.
- En effet, dans la cohorte de Ballmer-Weber
les patients dont l’allergie est confirmée par TPODA ont dix fois plus souvent un résultat positif pour rDau c 1.0201 que ceux dont le TPODA est resté négatif (55 % vs 5 %) alors que cet écart n’est pas vu avec rDau c 1.0104 (98 % de positifs quel que soit le résultat du TPO).
- En effet, dans la cohorte de Ballmer-Weber
L’allergie à la carotte s’inscrit souvent dans le cadre d’un syndrome bouleau-armoise-Apiacées
.
D’ailleurs la carotte a été incriminée très tôt, avant le céleri
, et a été aussi parmi les premiers aliments pour lesquels il a été montré l’intérêt de pratiques des TC natifs (prick-pricks)
.
Pour autant, l’homologie entre Dau c 1 et Bet v 1 est basse : 37-38% d’identité. Et rDau c 1 n’inhibe pas constamment rBet v 1
. Et Moneo a rapporté des observations avec positivité pour Dau c 1 sans réactivité pour Bet v 1
.
Si la plus grande partie des allergies à la carotte sont quand même le fait d’une réactivité croisée entre Bet v 1 et Dau c 1
, le rôle joué par les profilines est probable :
- Dans les séries où l’allergie à la carotte a été confirmée par TPODA on constate quand même environ 30 % de rBet v 2 ou rDau c 4 positifs
. - L’étude Vegetalia en Espagne donne un odd-ratio de 5,1 en faveur des profilines pour l’allergie à la carotte

- Des observations avec pollinose pour les graminées, des herbacées, etc.. mais pas pour le bouleau sont aussi en faveur d’une étiologie profilinique
.
Enfin, d’autres étiologies sont possibles : par exemple, Fernandez-Rivas rapporte un cas d’anaphylaxie sans réactivité PR-10, LTP ou profiline chez une patiente non pollinique
. L’allergie était restreinte à la carotte crue, comme dans les observations de Moneo
.
Carotte crue vs carotte cuite
La PR-10 de la carotte résiste mal à la chaleur
. Pour Fiocchi, les patients tolèrent généralement la carotte cuite
.
Mais il ne semble pas qu’une étude dédiée à la question d’une tolérance pour la carotte une fois cuite ait été entreprise, en dehors d’observations isolées relatant la tolérance après cuisson
.
Les travaux menés dans des régions où la pollinose au bouleau est fréquente font état de prévalences d’allergie à la carotte crue
, et utilisent la carotte crue pour les TPODA
.
Il a bien été noté que les vapeurs de cuisson des carottes contenaient des protéines
. Et que la réactivité pour une bande compatible avec Dau c 1 était fortement diminuée en blot après cuisson, avec présence de cette même bande dans l’eau de cuisson
.
Mais qu’en est-il pour les patients qui réagissent du fait d’une sensibilisation non-PR-10 ? Des études sur ce sujet seraient utiles.
Diagnostic moléculaire
L’allergène recombinant rDau c 1 n’est pas disponible pour le moment en CAP. Une étude n’a pas révélé de supériorité nette pour rDau c 1 en test d’activation des basophiles (BAT) comparativement au CAP carotte
. Le CAST Bühlmann a aussi été essayé et donnerait de meilleurs résultats que le CAP
.
Il est possible que de meilleurs résultats puissent être vus avec un recombinant rDau c 1.02 plutôt que le rDau c 1.01 jusque-là utilisé (et qui est également celui présent dans le test ISAC).
Quoiqu’il en soit, la carotte est susceptible d’interférences par les IgE anti-CCD du fait de la présence de protéines glycosylées
.



