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Les laits
mercredi 22 juillet 2009, par
D’innombrables travaux ont été menés concernant le lait. Si l’allergie au lait de vache est bien connue
, et sa prise en charge codifiée
, il est apparu récemment de nombreuses observations d’allergie à des produits dérivant d’autres mammifères comme la chèvre et la brebis.
Modifications des habitudes alimentaires ? Influence des procédés techno-alimentaires ?
Le présent article n’aborde pas l’épidémiologie, l’histoire naturelle ou les formes cliniques de l’allergie au lait de vache (APLV), mais est centré sur les composantes de l’allergologie moléculaire utiles au diagnostic et au suivi d’une APLV : les allergènes du lait, leurs modifications éventuelles (ex. après cuisson) et leur utilité diagnostique en comparaison des tests basés sur le lait lui-même ou son extrait.
Les allergènes du lait de vache
Il est d’usage de distinguer les protéines du lactosérum ("whey" en anglais) de celles subsistant dans le coagulum ("curd") après le caillage du lait.
Le coagulum contient essentiellement des caséines.
Dans le lactosérum on trouve :
- des protéines d’origine mammaire : alpha lactalbumine (α-LA) et bêta lactoglobuline (β-LG)
- et des protéines d’origine sérique : albumine, immunoglobulines, lactoferrine.
Mais une protéolyse physiologique des caséines contribue à la formation de peptides se retrouvant dans le lactosérum (par exemple, les gamma caséines qui sont issues de la partie N terminale des bêta caséines).
Inversement, l’industrie fromagère cherche à retenir dans les produits finis les protéines du lactosérum (= petit lait après pressage) pour des raisons environnementales et de rendement. Il n’est donc pas exclu de pouvoir retrouver des allergènes du lactosérum dans les préparations fromagères. L’utilisation d’une "colle" comme la transglutaminase est proposée
.
– L’ α-LA fait partie de la super famille des lysozymes C. Elle possède 2 sites de liaison pour le calcium et 4 ponts disulfures.
– La β-LG se présente sous la forme d’un mélange de monomères (18 kD) et de dimères (36 kD). C’est une lipocaline. Le lait de femme ne contient pas de β-LG. La β-LG et l’ α-LA ont des épitopes conformationnels mais aussi séquentiels.
– Les caséines représentent la majeure partie des protéines du lait de vache. Elles n’ont pas de structure II ou III bien définie et, dans le lait natif, s’associent entre elles pour former des micelles. Ces micelles stabilisent non seulement les caséines mais protègent en partie d’autres protéines lors du chauffage du lait
.
– > On distingue les alpha caséines, les β caséines et les kappa caséines.
– > Ces groupes de protéines ont peu d’homologie séquentielle entre eux, hormis au niveau des sites de phosphorylation, zones qui semblent jouer un rôle dans la réactivité croisée entre caséines.
– > D’un point de vue allergologique, les α caséines ont un rôle plus important que les β caséines, et plus encore que les kappa caséines. Parmi les α caséines, on distingue des " α S1" et des " α S2". Là aussi les α S1 sont plus importantes que les α S2.
– La lactoferrine transporte du fer. Elle est à l’état de traces dans le lait de vache. Cette glycoprotéine a 69 % d’identité avec la lactoferrine humaine. Elle est très riche en ponts disulfures ce qui explique sa bonne stabilité. Parfois cette protéine est fortement reconnue par les patients porteurs d’une APLV
.
– L’albumine (ou bovalbumine) a, elle aussi, une bonne homologie avec l’albumine humaine. Si on constate souvent une IgE réactivité simultanée aux différentes protéines du lait de vache, il semble que la sensibilisation vis à vis de l’albumine du lait soit, elle, plutôt indépendante.
– On connaît aussi une lactoperoxydase.
Lait de vache et lait de chèvre ou de brebis
Une IgE-réactivité pour le lait de chèvre est vue dans la quasi-totalité des cas d’APLV
, y compris en TPODA
.
Les protéines de lait de chèvre ont une forte homologie avec celles de lait de vache. Et encore plus avec celle de lait de brebis :
| alpha lactalbumine | béta lactoglobuline | alpha caséines | bêta caséines | kappa caséines | |
|---|---|---|---|---|---|
| femme | 75 | (absence) | |||
| chèvre | 95 | 94 | 89 | 91 | 84 |
| brebis | 94 | 93 | 87 | 91 | 84 |
| bufflone | 75 | 98 | |||
| jument | 75 | 45-60 |
On comprend les nombreux résultats de réactivité croisée lait de vache/lait de chèvre ou de brebis
.
Si la prévalence d’allergie au lait de chèvre est faible comparée à celle de l’APLV
, cela est du à une consommation limitée de lait de chèvre dans les sociétés "occidentales" alors que, à l’échelle mondiale, le lait de chèvre est le plus consommé
.
Les laits de chèvre et de brebis sont donc contre-indiqués en cas d’APLV
. Des accidents peuvent survenir dès la 1ère ingestion
.
Même si chez les souris un lait moins riche en caséines (ce qui est le cas du lait de chèvre) semble moins allergisant
, cela ne se retrouve pas dans la réalité clinique et les cas bien documentés d’allergie au lait de vache sans allergie au lait de chèvre ou au lait de brebis sont rares
.
Allergie au lait de chèvre et/ou de brebis sans APLV
Récemment, de nombreuses observations d’allergie dissociée ont été publiées
: chez ces patients, le lait de vache (LV) et ses dérivés sont parfaitement tolérés alors que des réactions allergiques, souvent sévères, étaient observées au contact de produits issus du lait de chèvre (LC) ou du lait de brebis (LB).
Une anaphylaxie fatale avec du fromage de brebis a été rapportée chez un enfant de 8 ans (sans éviction du lait de vache)
.
La plupart des observations concernaient 1 à 4 cas.
Elles montrent quelques points communs :
- l’âge de début est plus tardif que pour l’APLV : souvent 4 ans et plus, avec même des cas adultes
. - Les fromages de brebis et de chèvre sont à l’origine de la plupart des réactions, ce qui correspond à une réactivité in vitro centrée sur les caséines de brebis et de chèvre dans la plupart des cas (une observation avec réactivité pour la lactalbumine
). - on connaît des cas où l’allergie aux fromages de chèvre et/ou de brebis est apparue chez un enfant ayant réussi un protocole d’induction de tolérance au lait de vache
.
Dans 2 cas, il a été noté l’apparition secondaire d’une allergie au lait de vache, à chaque fois sous la forme d’une anaphylaxie alimentaire associée à l’effort
.
D’ailleurs l’absence d’expression clinique pour le LV ne signifie pas l’absence systématique d’IgE-réactivité in vitro pour le LV : que ce soit par réactivité croisée avec les caséines de chèvre/brebis ou que cette IgE-réactivité soit d’origine bovine mais de dimension infra-clinique, il est possible de trouver parfois un blot LV positif
, ou un CAP positif pour la caséine de vache
et/ou le lait de vache
. Voire même un TC positif
.
Ces observations isolées représentent globalement une cinquantaine de cas. Trois équipes françaises ont pour leur part collecté une large série de patients. Au total, 7 communications relatent leurs observations
.
Le nombre des enfants variait de 10 à 31, selon notamment la fusion ou non des cohortes des différentes équipes. Globalement, les résultats de ces travaux coïncident :
- l’âge moyen de début était d’environ 6 ans (mini 15 mois, maxi 16 ans)
- la plupart des patients n’avaient pas eu d’APLV avant
- le terrain atopique était constant : 80-100 % d’antécédents familiaux, 78-93 % de sujets avec une sensibilisation à un pneumallergène.
- Un asthme était présent chez 52-81 % et une dermatite atopique chez 39-59 %
- D’autres allergies alimentaires (39-70 %), voire un syndrome d’allergies multiples (25-37 %) étaient notés.
- Les réactions cliniques à l’ingestion du produit à base de lait de chèvre ou de brebis étaient sévères dans 57-66 % des cas.
- Une positivité simultanée pour les laits de chèvre et de brebis était de règle, tant in vitro qu’en TC.
Une étude poussée des protéines de lait a montré que ces patients étaient quasi-exclusivement sensibilisés à des caséines de brebis et de chèvre
. In vitro, quelques résultats positifs, souvent faibles, étaient vus aussi avec la caséine du lait de vache. Mais, l’IgE-réactivité de cette dernière n’est probablement que la résultante d’une sensibilisation aux caséines de chèvre/brebis car la caséine de vache s’avère ne pas inhiber la caséine de brebis. Dans un autre travail, la caséine du lait de vache inhibait la réactivité pour le lait de chèvre, hormis une bande de 30 kDa
.
Pourquoi cette apparition de cas d’allergie aux laits de vache et de brebis ?
Le lait et le fromage de ces animaux sont en effet consommés de façon traditionnelle dans l’Europe méditerranéenne, sans problème particulier. Il a été évoqué une différence de phosphorylation des caséines
. Mais il est possible que les procédés techno-alimentaires utilisés pour certains aliments/composants industriels modifient les caséines en créant des néo-allergènes
. Il est en effet remarquable que les réactivités croisées vache / brebis si courantes dans le cas des APLV, ne se retrouvent pas systématiquement dans ces cas d’allergie au lait de chèvre et/ou brebis sans APLV.
Du fait de la gravité des réactions, une attention scrupuleuse doit être déployée pour éviter les contacts accidentels avec les produits à base de chèvre et ceux à base de brebis (ex. fromages) après une première réaction au contact de produits à base de chèvre OU de brebis, associée ou non à l’APLV
.
Lait de vache et autres laits
En dehors de lait de chèvre et du lait de brebis, des laits de différents mammifères ont été étudiés :
- si l’on s’en tient aux profils électrophorétiques, on constate des différences de répartition des protéines entre laits de mammifères, ainsi que des ressemblances entre chèvre et brebis, entre jument et ânesse et entre vache et bufflone

- le lait de bufflonne croise avec le lait de vache, mais pas celui de chamelle

- le lait de renne inhibe partiellement celui de vache

- une étude en tests cutanés a montré que les laits de bufflone, renne et ibex étaient positifs chez des adultes avec APLV, le lait de truie étant lui rarement positif (4/21 patients)

- en ELISA des patients positifs pour la caséine de vache sont fréquemment positifs pour les caséines de lapine et/ou de ratte

- le lait de jument, qui serait proche du lait de femme
, a été suggéré par Businco
comme une alternative possible au lait de vache, 1 seul enfant/25 étant positif en TPODA pour le lait de jument. Cependant, in vitro
et en TC
, le lait de jument a été montré positif chez des sujets avec APLV. Et des cas d’allergie, parfois sévères, au lait de jument ont été rapportés chez des patients allergiques aux phanères de cheval bien que n’étant pas allergiques au lait de vache (cf. plus loin). - il a été décrit des dissociations, telles qu’une anaphylaxie à la mozzarella (bufflone) sans APLV
, ou l’inverse
. - Le lait d’ânesse est parfois négatif en TPO
ou en CAP
. Aussi, ce lait a été promu par une équipe italienne comme substitut au LV chez les enfants non tolérants aux hydrolysats et au lait de soja
. Ces travaux ont été repris récemment chez des enfants d’1 an et plus avec APLV
: les enfants avec un TPO négatif pour le lait d’ânesse (26/33 enfants) ont montré une bonne tolérance et des résultats favorables en gain de poids au cours du suivi (1 à 30 mois sous lait d’ânesse). Les enfants avec une APLV non-IgE médiée (13/46) toléraient aussi le lait d’ânesse.
On connaît aussi un cas d’anaphylaxie au lait d’ânesse chez un adulte avec allergie respiratoire au cheval
.
Lait de vache et lait maternel
Le lait de femme contient des protéines homologues des protéines d’autres laits de mammifères, hormis la β-LG qui est absente du lait de femme.
Les proportions de caséines peuvent différer (par exemple, le lait de femme est plus riche en β caséine) mais des réactivités croisées sont à attendre.
Elles ont été montrées pour le lait lui-même
, pour l’alpha lactalbumine
, le petit lait
et les β caséines
.
Chez des enfants exclusivement au sein on peut trouver des IgE anti-lait maternel
.
Et de nombreux enfants avec APLV présentent une IgE-réactivité pour des protéines du lait maternel
.
Cette auto-réactivité serait dirigée surtout contre des protéines dénaturées
et n’aurait pas d’incidence clinique
.
L’origine de cette réactivité croisée est mal cernée : il peut s’agir d’une réactivité induite par la sensibilisation aux protéines du lait de vache. Mais dans le cas de nourrissons exclusivement au sein, le passage dans le lait maternel de protéines du lait de vache avancé par certains auteurs a été contesté par d’autres travaux (cf.
).
Laits et œufs
Il a été évoqué une possible réactivité croisée entre le lait de vache et l’ovalbumine
ou entre l’ α-LA et le lysozyme d’œuf
.
Ces travaux sont parfois cités mais contestables : May n’a pas effectué de test de réactivité croisée et Walsh n’obtient d’inhibition significative (>= 50 %) chez aucun des patients testés (n = 9), alors que des problèmes techniques affectent ses résultats (inhibitions homologues incomplètes).
Par contre, il n’est pas inutile de penser au lysozyme dans le cas d’une réaction à certains fromages
.
Lait, soja et arachide
Chez les enfants avec allergie aux protéines du lait de vache (APLV), la prévalence des réactions adverses avec les laits (et préparations pour nourrissons) à base de soja est très variable dans la littérature (0 à 60 %).
En fait, peu d’études ont réalisé des TPO en double aveugle et dans beaucoup de cas l’APLV était mixte (IgE- et non IgE-médiée), voire exclusivement d’expression gastro-intestinale (entérocolite, etc…)
.
A l’image du lait de vache, une acquisition de tolérance est vue chez la plupart des enfants avec le soja.
De même, les formes gastro-intestinales d’allergie au soja chez l’enfant sont favorisées par la présence d’une APLV non IgE-médiée et les laits de soja ne sont pas indiqués dans ce cas
.
L’apparition d’une allergie immédiate sous laits de soja est-elle fréquente chez les enfants avec APLV ?
- Chez les enfants positifs in vitro pour le lait de vache, la fréquence d’une IgE-réactivité pour le soja n’est pas négligeable : 12-15 %
, avec 29 % avant 1 an et 9 % après 3 ans
. - Pour autant, lorsqu’un TPO est effectué, l’allergie au soja n’est pas plus fréquente avant introduction du soja chez les enfants avec APLV que chez ceux, de même âge, sans APLV
: 13 % d’allergie au soja chez les enfants avec APLV dans l’étude de Zeiger
. - De même, au cours du suivi, la prévalence d’un CAP soja positif chez les enfants sous laits de soja ne semble pas différer de celle relevée chez les enfants sous hydrolysats
. - Et l’apparition d’une allergie au soja chez les enfants APLV sous lait de soja est rare, environ 1 % des enfants, voire inexistante si l’on s’en tient aux réactions immédiates
.
Le résultat positif des tests cutanés pour le soja est le plus souvent démenti par le TPO. Bruno a étudié une large cohorte d’enfants susceptibles de recevoir du lait de soja : 505 du fait de l’existence d’une allergie alimentaire préexistante (et eczéma atopique 2 fois sur 3) et 243 du fait d’un contexte familial atopique
. Un test cutané pour le soja était trouvé positif chez 6% de ces enfants, mais le TPO ne confirmait celui-ci que pour une minorité de ces enfants, de sorte qu’au total seulement 1,2% des enfants avec allergie alimentaire préexistante et 0,4% des enfants avec parents atopiques pouvaient être considérés comme allergiques au soja avant introduction de ce dernier.
L’introduction du soja favorise-t-elle l’installation d’une allergie à l’arachide ?
- Si une corrélation est vue in vitro entre soja et arachide
, aucune différence n’est observée cliniquement entre des enfants sous hydrolysats et des enfants sous lait de soja : à l’âge de 4 ans, Klemola et coll. notaient 2 cas d’allergie à l’arachide parmi 70 enfants sous lait de soja et 4 cas parmi 69 sous hydrolysats
.
Existe-t-il une possibilité de réaction croisée entre protéines du lait de vache et soja ?
- L’observation de cas d’allergie au Neocate du fait de la présence d’huile de soja dans cette formule à base d’acides aminés
pose la question d’une réactivité croisée. En effet, ces nourrissons ont réagi cliniquement sans avoir été au contact avec le soja préalablement. - Il n’existe pas de preuve formelle pour une telle réactivité croisée. Mais une étude montrait 2 indices en faveur d’une possible induction de réactivité pour le soja du fait d’une sensibilisation au lait de vache
:
- Un anticorps murin anti-caséine reconnaissait une fraction de 30 kD dans le soja (une sous-unité A4-A5-B3 de glycinine)
- Chez 10 patients avec APLV n’ayant jamais été en contact avec le soja, une IgE-réactivité était trouvée pour cette fraction de 30 kD du soja.
Les mêmes auteurs ont récemment confirmé ces résultats in vitro
: la sous-unité A4-A5-B3 de glycinine ainsi qu’une sous-unité alpha de conglycinine de soja montraient une IgE-réactivité chez des sujets avec histoire clinique et/ou TC positifs pour le lait de vache.
A noter enfin dans ce contexte qu’il existe de rares observations d’APLV où un hydrolysat poussé de soja n’était pas dénué de réactivité résiduelle (cité par
et
).
D’autres études sont nécessaires pour confirmer cette éventuelle réactivité croisée caséine/soja.
Laits et phanères de mammifères
Une relation entre sensibilisation aux phanères de mammifères et aux laits est notée par certains auteurs :
- 3 cas d’allergie au lait de jument chez des adultes allergiques aux phanères de cheval
. In vitro, une réaction croisée est confirmée. Le support de cette réactivité reste inconnu (une fraction de 30 kD ?
). - Robles
a testé 5 allergiques au cheval : le lait de jument inhibait les squames de cheval chez 3 de ces 5 patients, lesquels étaient également trouvés positifs pour le lait de jument en TC et pour les caséines et béta-lactoglobuline de jument. - Une réactivité croisée était notée par Szepfalusi
entre lait et squames de vache chez des sujets avec APLV et blot positif pour les squames de vache (soit 4 des 6 sujets avec APLV). - 9 enfants étaient positifs pour les squames de vache in vitro parmi 18 positifs le lait de vache mais non exposés aux bovins, car vivant en ville
. - Drouet souligne la fréquence d’une réactivité sérique pour le chien chez des enfants avec APLV
: sur 9 enfants CAP positifs pour le chien, seuls 3 étaient en contact avec un chien ; et le lait de vache inhibait l’IgE-réactivité pour le chien
. Par ailleurs 5 de ces 9 enfants étaient aussi CAP positifs pour le chat. La réactivité au chien est fréquente chez les enfants avec DA et APLV et représente souvent la première sensibilisation vis à vis d’un pneumallergène chez ces enfants.
L’origine de ces réactivités et/ou allergies associées reste à mieux préciser. Dans le travail de Szepfalusi
, les squames de vache inhibaient en blot la caséine (2 cas/6) ou la béta lactoglobuline (1 cas/6), l’inhibition de la caséine étant surprenante. Les albumines pourraient jouer un rôle notable, notamment en cas d’APLV persistante
(cf. viandes et phanères de mammifères).
Laits : effets de la chaleur et de la digestion
Les études de stabilité se sont focalisées sur le lait de vache.
On ne peut exclure un comportement un peu différent avec les laits de chèvre ou de brebis du fait, par exemple, de proportions différentes entre les protéines dans ces laits comparativement au lait de vache.
Par exemple, une réactivité plus forte en immunoblot est constatée pour les caséines des laits de chèvre et de brebis une fois bouillis
.
De même, les travaux ont surtout exploré les modifications d’allergénicité des différentes protéines du lait de vache mais les conditions opératoires étaient souvent éloignées des conditions réalistes : les autres composants, notamment lipidiques, de l’aliment réel ont une grande importance sur le comportement des protéines à la chaleur et à la digestion
.
Enfin, le devenir de l’allergénicité dans les produits dérivés a été peu étudié, notamment les fromages. On sait, pourtant, l’allergénicité particulière des fromages chez les sujets réagissant électivement aux laits de chèvre et/ou de brebis.
Le chauffage
Des modifications structurales sont vues dès 60-70 °C pour la β-LG et l’ α-LA.
On assiste à des modifications de structure pour la β-LG et l’ α-LA : formation de dimères , d’oligomères et d’agrégats protéiques
. La dénaturation thermique est dépendante de divers facteurs comme la concentration en protéines, en calcium , en acides gras
.
Cette dénaturation peut modifier les peptides issus de la digestion en entraînant une exposition de nouveaux sites de protéolyse
. A ultra-haute température on peut assister à la génération de peptides issus des caséines
.
Les caséines résistent bien à la chaleur
et servent même de chaperons à d’autres protéines, protégeant partiellement β-LG et α-LA des effets de la chaleur
. C’est le cas surtout pour les kappa caséines qui forment des agrégats avec la β-LG et l’α-LA
.
Qu’en est-il de ces effets thermiques sur l’allergénicité des protéines et du lait ?
Le chauffage à environ 70 ° C (pasteurisation) ne change pas beaucoup l’IgE-réactivité de la β-LG ou de l’alpha caséine
. Une étude récente montre l’absence de modification significative de l’IgE-réactivité après 20 min à 65°C pour la β-LG, et une baisse de cette réactivité à des températures plus élevées (75-95°C)
. L’effet est cependant variable d’un patient à un autre.
En TPODA, Host a montré que le lait pasteurisé (ou homogénéisé) garde son allergénicité
.
Le lait bouilli conserve son IgE-réactivité
, les effets étant différents selon les protéines
.
Les études en activation des basophiles
ou avec des tests cutanés montrent la résistance des caséines et de l’ α-LA, la fragilité de la β-LG et de la sérumalbumine. De même en histamino-libération pour la β-LG mais pas pour la caséine
.
Cependant, la β-LG et l’ α-LA dénaturées par la chaleur franchiraient moins bien la barrière intestinale que la β-LG native
et, redirigées des entérocytes vers les plaques de Peyer, pourraient s’avérer plus immunogènes
.
La digestion
La digestibilité est un peu à l’inverse de la stabilité à la chaleur : globalement les caséines, et l’ α-LA résistent mal à la digestion gastrique, tandis que la β-LG résiste très bien
.
En digestion trypsique les caséines résistent bien, tandis que β-LG et α-LA sont rapidement dégradées.
Ces comportements doivent cependant être mitigés. L’effet sur l’allergénicité n’est pas forcément parallèle à la digestibilité :
- les conditions réalistes de la digestion gastrique sont souvent éloignées des expériences in vitro
. Par exemple, la lactoferrine a été montrée rapidement dégradée à pH 1,2
, mais le pH est rarement aussi bas et dès pH 3 des protéines comme l’ α-LA, la sérumalbumine ou les immunoglobulines sont plus faiblement dégradées
. De même pour la caséine
.
Cela est important chez le jeune nourrisson dont le pH gastrique est de l’ordre de 3-4. Il en est de même pour la digestion intestinale, par exemple en cas de grêle court
.
La présence de protéines non digérées semble d’ailleurs une des causes de persistance de l’APLV
.
- Par ailleurs, l’environnement digestif joue un rôle : la β-LG forme des émulsions en présence de lipides
; la digestion pepsique de la β-LG
et de l’ α-LA
est fortement ralentie en présence de phosphatidyl-choline.
La présence de sel en quantités notables (200 mM) ralentit également la digestion gastrique
. Cela est-il en jeu dans le cas des allergies au fromage de chèvre ou de brebis sans APLV ? - La protéolyse ne fait pas que décomposer les structures épitopiques : il a été montré dans le cas de la β-LG, mais aussi des alpha-caséines et de l’ α-LA que des épitopes sont révélés au cours de la digestion
. Ces épitopes "cryptiques", situés à l’origine dans des zones hydrophobes des protéines, sont inaccessibles à l’état natif
. - Si la plupart des patients ont une IgE-réactivité plus basse avec les peptides issus de la digestion de la β-LG
ou de l’ α-LA
, certains sont au contraire plus réactifs à ces peptides
.
Globalement, la digestion diminue modérément l’allergénicité du lait de vache
.
Ces résultats obtenus le plus souvent avec des protéines pures sont cependant plus ou moins pertinents dans le cas des produits laitiers habituellement consommés : par exemple le chauffage améliore la digestibilité (et abaisse l’histamino-libération) de la β-LG et de la caséine … tandis que la pectine ralentit la digestion de la β-LG
.
Laits : effet des procédés de fabrication des produits dérivés
D’innombrables travaux sont entrepris chaque année pour étudier le comportement de telle ou telle protéine (ou fraction) du lait sous l’effet d’un traitement physique ou chimique. Les idées fusent pour (encore) améliorer les utilisations techno-alimentaires du lait et de ses dérivés … (ex.
).
Et il n’est pas exagéré de soutenir que les tests diagnostiques classiques (lait natif, quelques protéines purifiées) sont a priori assez inadaptées pour rendre compte des réels composés protéiques auxquels les systèmes digestif et immunitaire du patient sont confrontés.
Expériences menées sur le lait et ses dérivés et non plus sur des protéines isolées :
Des composés de Maillard peuvent se former du fait de la présence de lactose dans le lait
. La "réaction de Maillard" correspond à l’ajout de restes glucidiques (des "sucres" présents dans le milieu) sur la chaîne peptidique, notamment sous l’action de la chaleur. Ici le lactose se lie à des lysines présentes sur les protéines du lait.
La lactosylation augmente avec la température et la durée du chauffage. Elle survient également en milieu sec (ex. lait en poudre)
. Et elle touche des acides aminés différents selon le produit laitier (ex. lait condensé vs formule pour nourrisson)
.
La lactosylation ne change pas significativement l’IgE-réactivité de la β-LG
et tend à augmenter sa digestibilité par la pepsine
.
D’autres modifications chimiques ont lieu aussi par suite du chauffage (ex. UHT), telle une sulfoxydation de certains acides aminés ![]()
La fermentation diminue un peu l’IgE-réactivité in vitro
et la réactivité en TC
du lait fermenté (ex. kefir) ou de yaourts.
Il faudrait montrer que cela est vrai aussi en TPO. Ceci étant, un travail mené avec un grand nombre de bactéries lactiques a révélé que certaines d’entre elles diminuaient de plus de 95% l’IgE-réactivité in vitro de la β-LG et de l’ α-LA, mais qu’en IDR la réactivité cutanée n’était pas améliorée
.
Des réactions atypiques avec certains produits laitiers sont parfois rapportées (ex. petits suisses : Le Sellin, SAICO 2005). Cela montre l’importance de ne pas généraliser les données de la littérature et de tester chez le patient les produits incriminés.
De l’avis de Fiocchi
, la réactivité persiste après pasteurisation, homogénéisation, fermentation ou évaporation du lait. Les transformations des protéines lors de la fabrication de dérivés comme le lait en poudre
ont été insuffisamment étudiées sur le plan allergologique. Il en va de même pour les fromages : quelle proportion de protéines du petit lait est retenue ? Quel est l’effet des procédés d’affinage
?
Enfin, l’utilisation croissante de protéines laitières dans les aliments industriels à des fins techniques pose question sur le plan de l’IgE-réactivité :
.
Ainsi, le traitement par hautes pressions du petit lait et de ses protéines conduit à des modifications structurales qui peuvent s’avérer bénéfiques sur le plan technologique (ex. gélification du produit alimentaire). On assiste à des changements comme la perte de structure tertiaire et la formation d’agrégats, en partie similaires à ceux provoqués par la chaleur
.
Ces modifications sont en grande partie irréversibles et subsistent après retour à la pression atmosphérique ainsi que pendant la conservation ultérieure du produit. C’est surtout la β-LG qui est modifiée, mais aux plus hautes pressions la bovalbumine et partiellement l’ α-LA sont également touchées
. La digestion trypsique de la β-LG est accélérée après traitement par hautes pressions
. Enfin, les condensations entre protéines et glucides (lactose, pectine, etc..) sont changées elles aussi
.
Laits et allergènes cachés
Les protéines de lait et notamment la caséine et ses dérivés, sont de plus en plus utilisés dans les aliments manufacturés.
Normalement l’étiquetage est obligatoire mais certains produits en sont dispensés.
On peut en trouver dans la viande ou le saumon
, par exemple.
Une équipe italienne a testé 32 produits alimentaires consommés fréquemment par les enfants : 11 des 26 produits sans mention particulière sur l’étiquetage contenaient des taux > 5 mg/kg de caséine et 4 des 6 produits présentés comme exempts de protéines laitières avaient des taux détectables de caséine
.
Le lait est le premier ingrédient signalé dans les alertes du Food Allergy and Anaphylaxis Network (FAAN) aux USA : sur 616 déclarations des fabricants relayées par le FAAN et signalant la présence anormale d’un ingrédient dans un produit manufacturé, le lait est présent dans 40,7 % des alertes (n = 251/616, de novembre 2001 à juillet 2009).
Des protéines de lait peuvent contaminer le lactose et provoquer des réactions inattendues chez des patients avec APLV
. Cela a été le cas aussi pour un probiotique
.
A noter que certains sous-produits de l’industrie fromagère utilisés à des fins technologiques (ex. isolats de petit lait) peuvent être contaminés par des caséines.
Des caséinates sont parfois utilisés pour l’affinage des vins blancs. Ils ne semblent pas générer d’allergénicité résiduelle (cf. Vins).
Le seuil de réactivité clinique étant particulièrement bas chez certains patients
, on peut assister à des réactions avec des produits contenant des caséines, par contact cutané (ex. démaquillant
) ou par inhalation.
Des observations d’allergie à l’inhalation de poussières contenant de la caséine ont été décrits, notamment dans un cadre professionnel
: de la caséine a été utilisée comme composant du plâtre … et peut être retrouvée dans la poussière de maison
.
L’allergie respiratoire aux protéines de lait est vue avec
ou sans
réactions alimentaires pour le lait et ses dérivés. Parfois la réaction respiratoire est surprenante, comme un asthme aigu grave au cours de la traite de brebis seulement 8 jours après le début de cette activité
.
Les asthmes professionnels dans les métiers du lait sont cependant plus souvent dus à des moisissures qu’à des protéines de lait.
Les tests diagnostiques dans l’allergie au lait
En allergie alimentaire le « gold standard » est le test de provocation orale (TPO), si possible en double aveugle (TPODA) et avec placebo. Cependant, dans la pratique quotidienne, un TPO n’est que rarement réalisé.
Par exemple, l’enquête Allergologica menée en Espagne a montré que 13% seulement des diagnostics d’allergie alimentaire étaient basés sur un TPO … et même que près des ¾ des TPO avaient été réalisés en ouvert
.
Quelle place ont les tests diagnostiques à côté du TPO dans l’allergie au lait de vache ? Cette question est abordée ci-après en différentes sections :
- pour le diagnostic initial d’APLV
- les tests cutanés (pricks, patchs)
- les tests in vitro : seuils décisionnels avec le CAP lait de vache
- les différents allergènes : caséine, etc..
- pour évaluer le pronostic d’évolution de l’APLV
- pour repérer une tolérance partielle
- pour aider à la réintroduction en suivi
Le diagnostic initial d’APLV
Les tests cutanés
Classiquement un prick-test à plus de 6 mm avant 2 ans et 8 mm après 2 ans
est en faveur d’une APLV. Des diamètres nettement plus grands sont nécessaires cependant pour correspondre à une probabilité élevée d’APLV : par exemple 12,5 mm pour 95% de chances d’APLV
.
Mais ces valeurs ont été obtenues avec des extraits et non en pricks natifs.
Dans un travail récent, l’équipe de Rancé a montré qu’un prick natif lait de vache d’au moins 13 mm avait une VPP de 100%. Sur 118 enfants, 8 TPO pouvaient ainsi être évités
.
Inversement, les prick-tests ont une assez bonne valeur prédictive négative.
Si les prick-tests sont souvent considérés comme présentant une VPP un peu meilleure que les tests in vitro
, ni les pricks ni les CAP ne sont fiablement corrélés avec la dose réactogène en TPO ou la sévérité des réactions cliniques
.
Les patch-tests sont sensés explorer la composante non IgE-médiée d’une APLV. Notamment, détecter les réactions retardées, visibles en TPO (… quand ceux-ci prévoient de les observer) mais non débusquées avec les tests in vitro ou les prick-tests
. Ils sont utiles en cas de dermatite atopique et dans les formes digestives d’APLV
.
Si certains auteurs ne voient pas de bénéfice avec les patchs
, d’autres auteurs sont d’un avis contraire
. La réalisation conjointe d’un prick et d’un patch augmente la sensibilité diagnostique
, l’adjonction du résultat du test in vitro n’apportant rien de plus.
Les seuils décisionnels in vitro
Intuitivement, on s’attendrait à ce que les patients n’ayant pas d’IgE-réactivité pour le lait de vache quantifiable dans leur sérum ne soient pas allergiques au lait. Et inversement.
Mais il n’en est rien. L’expérience montre qu’une proportion non négligeable d’allergiques ont des CAP lait de vache en dessous de 0,35 kU/l
; et qu’un résultat élevé peut n’être pas corroboré par un TPO positif.
Par exemple, les données du CICBAA montrent que 5,4% des TPO positifs pour le lait de vache ont un CAP <0,35 kU/l et que 28,3% ont un CAP <0,7 kU/l
. On ne peut donc définir un seuil décisionnel bas suffisamment fiable pour exclure une APLV.
Est-ce que des résultats très élevés pourraient, eux, s’avérer plus pertinents et éviter la pratique d’un TPO ? C’est à cette question qu’a voulu répondre Sampson dans un classique travail publié en 1997
.
Par la suite, Sampson a aussi introduit une représentation imagée de la relation entre probabilité d’allergie et résultat du test in vitro : ce sont les courbes Sampson.
De nombreux auteurs ont été séduits par cette approche et ont, comme Sampson, calculé des seuils et construit des courbes. L’objectif étant de trouver à partir de quelle valeur en kU/l le test in vitro donnait une VPP ou une probabilité d’allergie d’au moins 95%.
Le tableau ci-après montre les résultats obtenus avec la technique CAP Phadia (réf. 1
, 2
, 3
, 4
, 5
, 6
, 7
, 8
, 9
, 10
, 11
, 12
, 13
) :
Force est de constater que les seuils décisionnels varient beaucoup d’un travail à un autre du fait de nombreux facteurs dont le moindre n’est pas l’âge des patients.
Au mieux, un seuil décisionnel peut être utilisé par le centre qui l’a établi
. Et même ainsi des écarts sont observés d’un travail à un autre de la même équipe (cf. le tableau ci-dessus). Par exemple, Sampson a modifié son approche en adoptant 2 seuils selon l’âge de l’enfant
.
Aussi, pour nombre d’experts, le recours à un TPO reste conseillé voire indispensable
, à moins d’une contre-indication. Dans l’important travail français concernant la pratique et les indications d’un TPO, un seuil en CAP pour le lait de vache n’a pas été retenu
;
Enfin il faut rappeler l’écart important entre la pratique allergologique courante et celles des centres hyper-spécialisés où les seuils décisionnels ont été établis : dans un article très démonstratif, Miceli Sopo montre que, dans un contexte normal (probabilité d’APLV d’environ 10% et non 50-70%), les VPP sont au mieux de 55-80% au lieu des 95-100% annoncés
.
Lait de vache : Est-il utile de doser les fractions ?
Selon les cohortes
, les prévalences de positivité in vitro sont de l’ordre de :
- α Lactalbumine : 30-60 %
- β Lactoglobuline : 40-60 %
- caséines : 50-70 % (α caséines > β > kappa)
- albumine : 20-50 %
- lactoferrine : 20-40 %
- immunoglobulines G : 20 % ? (mal connu).
Chez l’enfant avec APLV, une positivité pour au moins 2 des 3 fractions (α-LA, β-LG, caséine) est vue dans plus des 2/3 des cas
.
Si les caséines sont plus souvent majoritaires
, on ne peut distinguer un profil qui correspondrait à un tableau clinique ou à un pronostic particulier
.
D’ailleurs la somme des kU/l des fractions est tantôt la moitié, tantôt le double de la réactivité constatée pour le lait lui-même
. Et avec des approches comparant sensibilité et spécificité, comme les courbes ROC, tester les fractions n’a pas été trouvé plus efficace que tester le lait seulement
.
Des seuils décisionnels ont parfois été proposés
, y compris en suivi
, qui ne peuvent avoir que les mêmes limites que ceux pour le lait lui-même.
Plusieurs auteurs donnent un avantage à la caséine, mais l’observation d’une réactivité isolée à la caséine (= sans réactivité pour l’α-LA ni la β-LG) est variable : de 1 cas/20
à 8 cas/25
.
On estime souvent que la réactivité vis-à-vis des caséines est moins fréquente chez le petit enfant. En suivi il est donc logique que la caséine acquière une place équivalente, voire un peu meilleure, que le lait lui-même
. On a même trouvé une assez bonne efficacité à un peptide issu de l’ α S2 caséine
.
Peu d’études sont encore disponibles depuis la mise sur le marché de « puces » comme l’ISAC. Dans un travail récent il ne s’est pas dégagé d’avantage décisif à mesurer les différentes fractions plutôt que le lait de vache lui-même
.
Une autre étude, avec TPO, faisait ressortir une positivité à plusieurs allergènes chez près d’un patient sur deux
. Ici le CAP lait de vache et le CAP caséine montraient en courbe ROC un avantage sur les composants de l’ISAC. Et si les auteurs proposaient une démarche avec CAP lait puis ISAC caséine si le CAP était <16,6 kU/l, cette association n’offrait pas une meilleure VPP (93%) que le seul CAP lait au seuil décisionnel choisi par les auteurs (16,6 kU/l).
Des travaux ont aussi étudié les fractions du lait de vache en TC : si l’on peut trouver des cas de TC positifs pour ces fractions chez des patients avec un TC lait négatif
, on peut aussi gagner en efficacité diagnostique à associer différents tests.
Ainsi, dans une étude avec TPO, le meilleur test pour exclure une APLV était le lait frais (LR = 0,05) et le meilleur pour diagnostiquer une APLV était la caséine (LR = 15,1) –dans les 2 cas au seuil de 3 mm)
. La probabilité d’allergie augmentait, bien sûr, avec le nombre de fractions positives en TC, sachant malgré tout que le gain en TPO évitables restait faible même avec α-LA, β-LG et caséine positives (12/104).
L’équipe de Rancé a montré des résultats assez similaires, cette fois en associant un prick natif positif (lait à 3 mm ou caséine à 4 mm) avec un CAP caséine d’au moins 10,6 kU/l
. Parmi 118 enfants, 13 TPO positifs étaient ainsi détectables.
Pronostic d’évolution d’une APLV
Des tentatives ont été menées pour prédire le risque d’un retard dans l’acquisition naturelle de la tolérance pour le lait de vache. Les valeurs en kU/l au moment du diagnostic initial et celles observées au pic de réactivité in vitro n’ont pas apporté de réponse claire à ces tentatives
.
Les enfants avec taux initiaux bas ont tendance à acquérir une tolérance plus tôt, ce qui n’est pas surprenant
. Vanto a calculé une VPP de 82% pour une tolérance à l’âge de 4 ans avec un CAP lait de vache < 2 kU/l avant 1 an
. De même si le TC est < 5 mm au départ.
Une autre approche est étudiée depuis plusieurs années par l’équipe de Sampson : de courts peptides issus des caséines sont testés pour leur IgE-réactivité, la positivité pour 1 ou plusieurs de ces peptides étant le signe d’un retard dans l’acquisition de la tolérance pour le LV
. On sait, en effet, que les allergies au lait, et surtout aux fromages, vues chez l’enfant plus âgé et l’adulte correspondent à une réactivité importante vis à vis des caséines.
Ces travaux, qui ont porté sur les différentes composantes des caséines (α S1, α S2, β et kappa), visaient également à trouver des peptides candidats pour une immuno-thérapie de l’APLV
. Bien sûr cet objectif est relativement vain car, en plus de l’individualité des réponses épitopiques constatées par les auteurs eux-mêmes, il faudrait adjoindre au protocole de désensibilisation des peptides issus des autres allergènes du lait. Par ailleurs, la position des épitopes B est souvent différente de celle des épitopes T
.
De ces études de prédiction de la persistance d’une APLV on peut retenir que le choix d’un peptide ou d’une sorte de caséine n’a pas été arrêté. Un travail a également porté sur des peptides issus de l’ α-LA et de la β-LG. La pertinence de ces peptides est par ailleurs questionnée car, en tests cellulaires, une dégranulation n’est fortement induite que par la caséine native
.
Diagnostic d’une tolérance partielle
Récemment l’équipe de Sampson a étudié la possibilité de distinguer la présence d’une tolérance partielle du lait chez un enfant avec APLV : est-il possible que l’enfant puisse ingérer sans problème des aliments fortement chauffés contenant du lait ?
.
Cette hypothèse était confortée par des résultats in vitro montrant que les enfants tolérant cette forme de lait « très cuit » avaient moins d’activation des basophiles
et plus de cellules Treg
.
Dans les études que Sampson a menées le challenge oral était pratiqué avec un muffin (177°C 30 min) ou une gaufre (288°C 3 min). Pour cet auteur, les enfants ayant moins de 5 kU/l en CAP lait de vache peuvent tolérer le lait « très cuit »
.
Cependant les courbes de probabilité présentées laissent quand même 15% de chances pour une réaction clinique à ce seuil. Pour des valeurs plus élevées du CAP, on relève une probabilité de 28% de réaction à 15 kU/l et 50% à 32 kU/l, ce qui est bien sûr moindre que la probabilité avec le lait cru.
D’autres travaux seraient les bienvenus pour conforter cette démarche intéressante, notamment en incluant des enfants porteurs de dermatite atopique.
Il n’est pas inutile également de souligner le rôle important de la matrice alimentaire dans la réactivité clinique à un produit donné. De ce fait, les résultats de Sampson devraient être confirmés avec d’autres formes d’aliments que les muffins et les gaufres.
Suivi d’une APLV
L’intérêt de pouvoir pratiquer un test réaliste de réintroduction au cours du suivi d’une APLV n’est pas à rappeler. D’autant que, contrairement à d’autres aliments, les rechutes pour le lait de vache après un TPO négatif semblent rares
.
La négativation du TC et/ou du CAP lait de vache n’est pas prédictive d’un TPO négatif en suivi (ex.
). Et la persistance d’un Tc et/ou d’un CAP positif n’exclut pas un TPO négatif
, même si les enfants devenus tolérants sont plus souvent (mais pas toujours
) avec des résultats faibles (ex.
).
Deux points peuvent expliquer les difficultés pour comparer les études publiées
:
- une partie non négligeable des APLV n’est pas IgE-médiée et les TPO, quand ils sont réalisés, prennent rarement en compte les réactions retardées
- la sélection des patients est très variable d’une étude à une autre et l’âge, notamment, a un effet important sur l’évolution des résultats des tests diagnostiques. Certaines cohortes publiées incluent des patients dans une gamme d’âges très exagérée : de 1 à 132 mois
ou de 11 mois à 43 ans
.
Garcia-Ara
a inclus des enfants ayant eu un diagnostic initial d’APLV avant 6 mois. Des seuils sont donnés pour estimer une tolérance : 2,7 kU/l pour le CAP lait de vache entre 13 et 18 mois, 9 kU/l à 19-24 mois et 14 kU/l à 25-36 mois. Les VPP calculées à partir des données présentées par les auteurs sont de 54%, 35% et 89% respectivement.
Perry
a cherché un rapport bénéfices/inconvénients suffisant pour tenter un TPO de réintroduction : c’est-à-dire un seuil pour un TPO négatif avec une VPP de plus de 50%. Dans cette série un CAP à 2 kU/l ou moins avait une VPP de 53%. Ce seuil de 2 kU/l a également été retenu dans le travail de Vanto
.
Shek
a utilisé une autre approche : le pourcentage de chute des kU/l pour prédire une tolérance. Pour une chute de 50% en 1 an les chances d’acquisition de tolérance sont de 31%. Il faut 90% de chute pour avoir 2 chances/3 de tolérance. Si le suivi est sur 5 ans, cette chute de 90% donne 56% de chances de tolérance.
Certains auteurs, à la suite de Sampson
, utilisent un critère présomptif pour décider de l’opportunité d’un challenge, à savoir un CAP inférieur au ¼ du seuil classique (soit 8 kU/l
) ou un CAP inférieur au seuil avec un prick inférieur à la moitié du seuil (soit 3 ou 4 mm
).
A l’inverse, une APLV persistante est suggérée avec des résultats in vitro dépassant une certaine valeur. Mais, comme pour le diagnostic initial, cette valeur varie amplement d’une étude à une autre, allant de 5 kU/l
à 41 kU/l
.
On le voit, ces différentes approches ont une efficacité limitée. Pour Niggemann
, les résultats in vitro ne différencient pas convenablement les tolérants des non-tolérants et la pratique d’un challenge oral ne peut être évitée.
Laits et CCD
(voir aussi : Les CCD)
On trouve plusieurs protéines glycosylées dans le lait : mucines, butyrophiline, lactadhérine, lactophorine. Mais aussi des allergènes glycosylés : kappa caséine, α-LA, lactoferrine. ![]()
La kappa caséine est O-glycosylée
et les profils de glycoprotéines sont similaires entre vache, brebis, chèvre ou jument
.
L’IgE-réactivité des glucides présents sur les protéines du lait de vache est limitée du fait de la proximité taxonomique avec le lait de femme. Des sérums contenant des IgE anti-CCD (CCD classiques) ne montrent pas de réactivité glucidique pour le lait de vache
.
Un cas d’IgE-réactivité isolée pour les chaînes glucidiques de kappa caséine a cependant été publié chez un patient devenu tolérant au lait de vache
.
Enfin, le lait de vache semble entrer dans le cadre du "syndrome alpha-Gal", du moins in vitro
.



