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Les poissons
mercredi 18 mars 2009, par
Dans certains pays le poisson représente une cause fréquente d’allergie alimentaire
. Cela est favorisé par les habitudes alimentaires locales (ex. Japon, Espagne, Pays scandinaves, ..). De fait, le pic d’incidence pour l’apparition de cette allergie correspond souvent à l’introduction du poisson dans la diversification alimentaire infantile : en Espagne, cela se situe entre 6 mois et 1 an.
Un terrain atopique favorise aussi la sensibilisation au poisson
, laquelle est souvent accompagnée d’un eczéma atopique
.
Les données du CICBAA révèlent que le poisson était au 6ème rang avant 15 ans et au 13ème après cet âge, avec une fréquence relative de 4,3% et 1,9% parmi l’ensemble des allergies alimentaires colligées en mai 2007.
Le Réseau d’Allergo-Vigilance avait relevé en mai 2010 14 cas de réaction sévère avec le poisson, ce qui plaçait cet aliment dans une position intermédiaire en France : à la fois cause d’accidents très graves et cependant moins souvent impliqué que d’autres produits de la mer comme les crustacés (55 cas)
.
Le poisson est avant tout une ressource nutritionnelle de première importance dans beaucoup de régions du globe, mais il fournit également des produits dérivés : si certains, comme le surimi, sont directement issus de la chair, d’autres sont obtenus avec les œufs (ex. caviar), la peau (ex. gélatines), le sperme (ex. protamine), le foie (ex. huile), etc.. Ces derniers ont fait l’objet d’un nombre restreint de travaux tendant à montrer l’absence d’allergénicité chez des patients avec réactions alimentaires au poisson
.
Les causes de contact involontaire ou méconnu avec la chair de poisson sont multiples car le poisson est un ingrédient de nombreuses recettes du fait de son apport gustatif. Si le cas des pizzas avec des anchois est classique, des sauces comme la Worcester ou la « César » peuvent contenir aussi de l’anchois.
Des hydrolysats de poisson sont parfois utilisés comme réhausseurs de goût également. Une étude a montré une très faible IgE-réactivité résiduelle dans ce type de produits
.
La vérification in vivo de tels résultats serait utile car certains patients présentent une sensibilité extrême se manifestant lors d’exposition à des doses infimes de protéines allergisantes.
Ainsi, certains auteurs estiment à environ 10% la proportion des patients avec allergie alimentaire au poisson qui ont également des réactions aux vapeurs de cuisson et/ou par contact cutané avec du poisson
.
Ces réactions à des allergènes de poissons sont une cause fréquente de pathologie professionnelle
. Cependant, une allergie alimentaire concomitante au poisson n’est rencontrée que dans une minorité des cas
.
Les allergènes des poissons
La parvalbumine de morue est l’un des tous premiers allergènes à avoir été purifié
. Depuis, il a été montré que les parvalbumines sont les allergènes dominants chez les poissons en général.
Le contenu en parvalbumine est cependant variable d’un poisson à un autre, plus élevé vers la tête que vers la queue
, plus élevé dans la chair blanche que dans la chair rouge
. De même, l’homologie entre parvalbumines comparables, de type béta s’agissant de la plupart des poissons, n’est pas aussi forte qu’entre tropomyosines de crustacés par exemple : ainsi, Gad c 1 et Gad m 1, bien que provenant de deux espèces voisines de morue n’ont que 65% d’identité environ (cf. Parvalbumines.
Les études de réactivité croisée montrent que certains poissons inhibent la parvalbumine de morue nGad c 1 plus difficilement que ne le font d’autres poissons
.
Les poissons cartilagineux, quant à eux, possèdent des alpha-parvalbumines qui ont également une homologie modérée avec les béta-parvalbumines de morue, de carpe, etc..
Tous ces aspects pourraient influer sur la réactivité in vitro et sur l’allergènicité des différents poissons (cf. Poissons : polyréactivité / monoréactivité)
Les poissons n’échappent pas à la règle et ne contiennent pas qu’une seule sorte d’allergènes. En blot de nombreux patients montrent une IgE-réactivité multiple. Très peu de ces protéines IgE-réactives ont été caractérisées en dehors des parvalbumines.
Les chercheurs nancéens ont montré la présence d’une aldéhyde-phosphate deshydrogénase (41 kDa) dans plusieurs poissons. L’IgE-réactivité de cette enzyme a été vérifiée pour la morue
. Une triose-phosphate isomérase de 20 kD a été caractérisée
, mais son IgE-réactivité est à étudier.
Ces auteurs ont aussi montré que la parvalbumine de morue de l’Atlantique (Gad m 1) pouvait s’oligomériser
, ce qui pourrait correspondre à certaines bandes de plus de 13 kD observées en blot avec la morue
.
Enfin, ils ont montré que le procédé de lavage/texturage intensif utilisé pour produire le surimi débarrassait apparemment le produit final de sa parvalbumine puisqu’une bande quasi-unique de 63 kD subsistait dans le surimi et que la réactivité en tests cutanés était affaiblie
. La nature de cette bande de 63 kD n’est pas élucidée pour l’instant.
Il est à remarquer que ces données obtenues avec du surimi de morue ne sont peut-être pas généralisables à d’autres types de surimi. Le lieu d’Alaska (Theragra chalcogramma) est utilisé par exemple aux USA
, quand le surimi ne dérive pas d’un mélange de poissons … pas toujours précis
.
Le collagène est aussi un allergène dans le poisson : Hamada rapporte une IgE-réactivité pour le collagène de thon chez des patients allergiques aux poissons
.
Ce collagène est cross-réactif avec le collagène d’autres poissons
. La place du collagène dans l’allergie aux poissons est mal connue. De plus, le collagène étant insoluble à froid a toutes chances d’être absent des extraits commerciaux de poisson, lesquels sont obtenus classiquement sur poisson cru.
Le collagène de poisson sert à préparer des gélatines, elles-mêmes non dénuées d’une possible allergénicité (cf. Gélatines).
Poissons : polyréactivité /monoréactivité
En principe, un patient allergique à une espèce de poisson réagit (ou est à risque de réagir) à d’autres espèces de poissons par réactivité croisée (RC) entre les allergènes principaux des poissons, les parvalbumines.
La polyréactivité n’est pas systématique ni totale : environ la moitié seulement des patients allergiques à un poisson seraient allergiques à un ou d’autre(s) poisson(s)
.
Cependant, quelques études ont cherché à confirmer la réalité de cette polyréactivité avec des tests de provocation orale (TPO)
. Il ressort de ces travaux que la réactivité cutanée peut être large (ex. 73% des sujets avec un test cutané positif pour les 10 poissons testés) mais qu’en TPO une majorité des patients toléraient certains poissons.
Par ailleurs, il a été rapporté de nombreux cas d’allergie isolée à une espèce précise de poisson.
L’analyse de la littérature au sujet de la polyréactivité vis à vis des poissons est rendue complexe par :
– la très grande diversité des espèces consommées et leur aspect souvent régional
– l’hétérogénéité des méthodes diagnostiques, tant en TC qu’in vitro : TC natifs ou non, extraits obtenus à partir de poisson cru (le plus souvent) ou cuit, etc..
Quelques cas de mono- ou pauci-réactivités :
– sole tropicale, avec en blot une bande à 40 kD
– espadon
, le patient ayant une bande 26 kD
– une autre mono-réactivité espadon
– mérou
, avec une réactivité cutanée pour le merlu
– roussette
, avec aussi TC positif pour requin et raie
– perche
, le blot ne montrant pas de bande 13 kD (parvalbumine)
– thon et espadon
, avec une réactivité autour des 100 kD
– thon et saumon
, sans bande 13 kD mais plutôt 30-50 kD
– colin (42 kD) et sole (26-85 kD)
– thon sans allergie à la morue et une bande 40 kD
– thon (100 kDa) et makaire (94 kDa) sans réactivité pour d’autres poissons
– allergie isolée à la cardine franche, avec positivité pour une bande 20 kDa ![]()
On peut remarquer dans cette liste la présence de poissons d’eaux tropicales et aussi une IgE-réactivité non classique avec des bandes différentes de 13 kD (parvalbumines).
Sans minimiser les aspects techniques qui pourraient expliquer ces réactivités particulières in vitro (extraits crus ou cuits, blots avec ou sans réduction, etc..), il se peut que ces allergies isolées représentent une susceptibilité spécifique des patients pour telle ou telle protéine dans tel ou tel poisson.
Ces observations pourraient soulever la question d’une exploration plus approfondie (par TPO ?) avant de conclure à une éviction totale de tous les poissons.
Une autre hypothèse a été émise pour expliquer la non réactivité à certains poissons : l’absence apparente de parvalbumine et/ou la perte de l’IgE-réactivité du fait d’une forte température à la cuisson.
Le cas du thon a été largement débattu à ce sujet.
Une moindre allergènicité du thon par rapport à d’autres poissons a été accréditée a la suite de travaux de Bernhisel-Broadbent, notamment sur le thon en boîte
. Pascual également a noté que, si une tolérance pour au moins 1 poisson était présente parmi 31 enfants/79, 29 de ces 31 enfants toléraient le thon
.
Le thon étant aussi consommé cru, l’allergènicité du thon ne dépend pas que de sa cuisson.
Il est possible que le procédé utilisé pour l’appertisation (115°C) modifie les protéines par perte de la structure spatiale et par co-agrégation : le produit final serait moins IgE-réactif
.
Des résultats contrastés ont cependant été publiés, certains patients tolérant le thon en boîte
quand d’autres y étaient allergiques
, avec parfois une réactivité élective à des allergènes de masse élevée (une transferrine ?)
.
Beaucoup d’auteurs se sont interrogés sur la présence ou non de parvalbumine dans le thon. Leurs résultats sont, là aussi, contrastés :
– une absence apparente de parvalbumine (ou de bande 12-13 kD) est donnée par plusieurs auteurs
– des taux très faibles
ou une absence de parvalbumine dans la chair rouge, laquelle est plus développée dans le thon que dans d’autres poissons
,
– mais pour l’équipe de Valenta la parvalbumine de carpe (Cyp c 1) inhibe très bien le thon
et un extrait de morue inhibe une bande 12 kD dans le thon
. Une nette bande de 12 kD est retrouvée aussi dans un autre travail
.
– de même Shiomi
montre qu’un anticorps anti-Cyp c 1 reconnaît 2 protéines de masse compatible avec les parvalbumines dans un extrait de thon obèse (T. obesus).
La question de l’absence de parvalbumine dans le thon semble donc tranchée : le thon contient bien de la parvalbumine comme d’autres poissons. Et la particularité du thon pourrait plutôt provenir d’une proportion plus grande de chair rouge que dans d’autres poissons.
Par exemple, dans une observation d’allergie aux viandes de volaille, au thon et au saumon, le patient avait un TC positif pour la chair blanche de thon et négatif pour la chair rouge
. Ce patient réagissait à l’alpha parvalbumine de poulet mais l’allergie au thon ne provenait pas d’une réactivité à une alpha parvalbumine dans le thon (le blot montrait des bandes non compatibles avec la masse des parvalbumines, et le patient était négatif pour la parvalbumine purifiée de thon).
Globalement, l’allergènicité du thon pourrait être plus faible que celle de la morue : en CAP certains auteurs ont relevé jusqu’à 42% de résultats négatifs pour le thon chez des sujets positifs pour la morue
. Mais une bonne concordance (12/13 patients) a été retrouvée par d’autres auteurs
.
Il ne peut donc être conclu que le thon est sans danger chez un patient allergique à d’autres poissons sans explorations complémentaires (TPO ?).
D’autres poissons moins allergisants ?
Un contenu apparemment plus faible en parvalbumine et/ou une réactivité in vitro moindre que celle d’autres poissons ont été notés pour le flétan
, certains maquereaux
, l’espadon
, la roussette
, et divers poissons tropicaux (hilsa et pomfret
, vives
, pilchard et sériole
).
Pour Pascual, si des TPO sont envisagés, il pourrait être judicieux de commencer par des poissons a priori moins allergisants comme le thon ou l’espadon
.
Ces données recoupent plus ou moins une réactivité plus faible in vitro, des cas d’allergie isolée et/ou des réactivités autres que 12-13 kD
.
Le cas des poissons cartilagineux (roussette, raies, requins) pourrait trouver son explication par la présence d’alpha-parvalbumines qui ont un faible pourcentage d’identité avec les béta-parvalbumines des poissons téléostes : par exemple 50-55 % avec Cyp c 1, la béta-parvalbumine de carpe.
Poissons : influence de la chaleur et de la digestion
La cuisson modifie le profil protéique des poissons : il est souvent relevé l’apparition de bandes de masse plus élevée
.
Les parvalbumines sont thermostables, même en l’absence de leur ligand naturel, le calcium
. Leur allergènicité est a priori conservée, bien que des comparaisons avant/après cuisson avec TPO ne semblent pas avoir été entreprises.
Une augmentation de la réactivité cutanée peut se rencontrer
, et cette situation rappelle le cas historique de Küstner.
La cuisson du poisson à 100 °C est fréquente mais elle peut s’opérer à des températures plus élevées. Le devenir de l’allergènicité après friture n’a pas été beaucoup étudié : Chatterjee observe des résultats variables selon les patients
. dans un autre travail, l’IgE-réactivité n’était pas modifiée après friture (ni après ébullition)
.
L’appertisation semble provoquer des modifications d’épitopes et pourrait conduire à une baisse de l’IgE-réactivité, au moins in vitro
(cf. Le cas du thon).
Le poisson est généralement fumé à chaud. Les températures sont cependant modestes (env. 70°C). L’évolution de l’allergènicité du fait du fumage, du salage et/ou du séchage n’a été étudiée qu’in vitro
: la parvalbumine est parfois augmentée en blot, parfois diminuée, selon le procédé et/ou le poisson. Des bandes de forte masse apparaissent mais il est difficile de transposer ces modifications en risque clinique.
Le devenir de l’IgE-réactivité après que du poison ait été mariné dans un milieu fortement alcalin (ex. de la soude) a été étudié
: ce poisson, dont la chair est fortement transformée et qui correspond à la recette traditionnelle scandinave du « lutefisk », présentait une IgE-réactivité in vitro globalement augmentée.
La digestion est réputée ne pas affecter l’allergènicité des parvalbumines
et donc celle des poissons.
Les parvalbumines sont considérées comme des allergènes « complets », capables par elles-mêmes d’induire la synthèse d’IgE, et cette allergènicité avérée se retrouve dans la fixité de l’allergie pour les poissons.
Pourtant un extrait cru de morue est complètement dégradé en moins d’une minute en digestion gastrique simulée in vitro à pH 1,25
.
Untersmayr a montré que le pH jouait un rôle primordial sur l’efficacité de la digestion peptique de la parvalbumine : comparativement à pH 2, il faut 10 à 30 fois moins de parvalbumine pour provoquer la positivité d’un TPO positif si le pH est de 3
.
On voit que les conditions réalistes sont importantes à considérer et, notamment, la complexité du bol alimentaire qui rend plus aléatoire l’obtention d’un pH très bas.
Des protéines de morue sont détectables dans le sérum tôt après ingestion (10 min), ce qui soulève l’hypothèse d’une absorption pré-intestinale
.
Untersmayr souligne enfin le danger que représentent les médications anti-H2 pour les patients sensibilisés aux poissons.
Poissons : influence des procédés de pêche, de conservation et de transformation
Divers travaux ont examiné l’évolution des protéines des poissons du fait des procédés de pêche, d’élevage ou de conservation avant consommation.
– l’extrême surpopulation des poissons dans un espace restreint avant la récolte en aquaculture entraîne une modification du profil protéique
– une protéolyse des myofibrilles et des protéines de la matrice a lieu en post-mortem
, mais les blots pré- et post-rigor mortis semblent similaires
. La transformation naturelle de la chair du poisson peut être recherchée : c’est le cas pour la gélification du poisson cru dans les recettes asiatiques (ex. kameboko).
– la conservation dans la glace modifie l’IgE-réactivité de la morue : celle de la parvalbumine Gad c 1 diminue mais globalement l’IgE-réactivité est augmentée
– la congélation diminue la bande correspondant à l’aldéhyde-phosphate déshydrogénase dans la morue
. Au cours de la conservation en congélation une carbonylation des protéines peut résulter d’un phénomène d’oxydation lipidique
. Ces effets de la congélation n’ont pas été étudiés sur le plan de l’IgE-réactivité.
L’industrie agro-alimentaire étant rarement à court d’idées de recettes innovantes, il a été cherché comment utiliser des restes de poisson pour fabriquer des croquettes présentables !
: la transglutaminase microbienne (mTG), associée à l’ajout de protéines de soja, semble donner de bons résultats technologiques. Mais la résultante de ce traitement sur le plan immunologique n’a pas été étudié. Or la transglutaminase, qui est une sorte de colle biologique, crée un réseau très solide entre protéines dont les liens sont très résistants à la digestion. Même si la mTG ne semble pas posséder d’allergénicité en soi
, il pourrait être judicieux de vérifier l’absence d’effet sur l’allergénicité des produits sur lesquels on fait agir cette enzyme
.
Existe-t-il une allergie croisée poissons – crustacés ou mollusques ?
Il n’est pas rare d’observer une allergie au poisson s’accompagnant de réactions cliniques au contact des crustacés et/ou de mollusques marins. Le rôle des habitudes alimentaires locales peut expliquer en partie cette concomitance. Mais existe-t-il un lien moléculaire entre ces réactions alimentaires, lien qui justifierait d’une éviction globale des produits de la mer ?
Jusqu’à présent il n’a pas été montré de réactivité croisée entre allergènes de poissons et allergènes de crustacés ou de mollusques. La distance taxonomique entre ces espèces vivantes semble trop grande pour permettre l’expression d’une ressemblance épitopique. Ainsi, la tropomyosine de saumon n’a que 54% d’identité avec celle de la crevette Pen a 1.
Aussi, une allergie simultanée à ces divers produits de la mer est plutôt la résultante d’un terrain atopique favorable à des sensibilisations indépendantes et cumulées
.
Le diagnostic d’une allergie au(x) poisson(s)
Le poisson tient une place historique parmi les produits allergisants. C’est en effet dès 1921 que le transfert passif d’une réactivité cutanée pour le poisson d’un sujet allergique (Küstner) à un sujet non-allergique (Prausnitz) a été démontré, donnant crédit au caractère « réaginique » de la réaction allergique et naissance au classique « PK-test ».
Le diagnostic d’une allergie alimentaire au poisson ne nécessite pas, en règle générale, de pratiquer un TPO : les tests cutanés et, au besoin, l’IgE-réactivité sérique suffisent pour confirmer une suspicion clinique, dès lors qu’une cause non allergique a été écartée
.
En dehors de sa dangérosité éventuelle, un TPO pour le poisson mérite d’être conduit en simple ou double aveugle car le poisson semble entraîner une proportion inhabituelle de TPO positifs en ouvert mais non reproduits en TPODA : Bernhisel-Broadbent donne environ 20% contre autour de 2% pour d’autres aliments
.
Pour les tests cutanés comme pour les tests in vitro, les extraits sont presque toujours préparés avec des produits crus. Même si l’allergène principal des poissons, la parvalbumine, n’est pas détruit à la cuisson, on ne peut écarter qu’un test diagnostique sur un extrait cru puisse, à l’occasion, rester négatif alors que le patient réagit cliniquement au même poisson quand il est cuit.
On ne peut non plus écarter qu’une discordance entre le résultat du TC et celui du test in vitro ne résulte d’extraits provenant d’industriels différents, avec des méthodes et/ou des produits plus ou moins spécifiques.
Ainsi, une fréquence plus élevée de TC positifs pour l’anchois comparativement à d’autres poisons
, contre une fréquence moindre en RAST
.
Tests in vitro basés sur des extraits
Très classiquement, la morue est testée comme témoin d’une réactivité vis à vis des poissons en général. C’est l’espèce Gadus morhua qui entre dans la composition de ce test en CAP, ainsi que pour les mélanges alimentaires type « FX5 ».
C’est avec ce test morue que divers auteurs ont cherché un seuil de réactivité qui permettrait de s’affranchir de la pratique d’un TPO. Avec le CAP, Sampson a donné 20 kU/l comme niveau au-dessus duquel l’allergie était sûre à 95% au moins
. Dans un travail ultérieur ce seuil a été présenté comme confirmé, mais dans cette cohorte prospective de 100 enfants, seulement 12 ont reçu un TPODA, de sorte que la majorité des diagnostics n’étaient pas établis comme l’aurait voulu l’objectif de l’étude
.
D’autres auteurs ont trouvé des valeurs seuils s’écartant de celles de Sampson : par exemple 4,7 kU/l au lieu de 9,5 kU/l pour une VPP de 90%
. Et la grande majorité des patients positifs en TPODA présentaient un CAP morue <6 kU/l dans une autre étude
.
Il est donc peu utile de se fier à un résultat chiffré pour établir la réalité d’une allergie à la morue, et qui plus est aux poissons en général.
Il pourrait être plus pertinent, le cas échéant, de tester la réactivité à d’autres poissons que la morue si l’objectif est de contrôler la tolérance à certains poissons constatée par le patient : il est possible, en effet, de tester in vitro 28 espèces différentes de poissons en CAP au 01/01/2009.
Il faudra quand même se souvenir que les poissons représentent un large groupe taxonomique et que des écarts entre séquences de parvalbumines sont à attendre, avec à la clef une possible réactivité croisée moindre d’un poisson à un autre. De même que d’autres allergènes que des béta parvalbumines semblent souvent en cause dans les cas de réactions cliniques avec seulement 1 ou 2 poissons.
Tests in vitro basés sur des allergènes
Des allergènes recombinants ont été introduits dans la gamme des tests in vitro : d’abord la béta parvalbumine de carpe, rCyp c 1, puis celle de morue, rGad c 1. D’autres recombinants ont montré leur praticabilité
.
Ces tests apportent-ils un avantage par rapport à ceux basés sur les extraits ?
La réponse est plutôt nuancée :
– rGad c 1 pourrait explorer une réactivité un peu différente de celle du test « F3 », car le premier est issu de Gadus callarias, tandis que le CAP classique morue provient d’un extrait de Gadus morhua. or, l’homologie entre les béta parvalbumines de ces 2 espèces est, de façon un peu inattendue, relativement faible : 64-67% entre Gad c 1 et Gad m 1, selon les isoformes de ces allergènes
– de même, rGad c 1 ne se superpose pas à rCyp c 1 (identité séquentielle de 68%), et des différences sont notamment observées au niveau de 2 des 3 épitopes entre ces deux allergènes
. Aussi, un test négatif pour l’un de ces recombinants pourrait, à la limite, être positif avec l’autre chez un patient
– mais il semble que la réactivité des recombinants soit plus ou moins affectée par l’absence du ligand naturel, le calcium, lequel reste présent quand l’allergène est obtenu par simple purification à partir du produit naturel
– et des études manquent pour mieux établir que rCyp c 1 ou rGad c 1 ont une bonne pertinence clinique : rCyp c 1 n’a pas été testé en TC et a reçu une preuve de son allergénicité en libération d’histamine n’a été étudiée que chez 1 seul patient
; rGad c 1 n’était positif en TC que chez 1 patient sur 10, contre 9/10 pour l’allergène naturel nGad c 1
.
Au total, du fait de la forte prévalence de réactivité pour les parvalbumines chez les patients allergiques au poisson, le gain apporté par rCyp c 1 et/ou rGad c 1 reste probablement limité, comparativement aux tests in vitro basés sur des extraits globaux de poissons.
Les œufs de poissons
Les œufs de divers poissons sont consommés, les plus réputés provenant de l’esturgeon (Acipenser sturio) : le caviar. D’ailleurs le terme « caviar » est protégé et ne peut être utilisé pour les oeufs d’autres poissons. Parfois les œufs sont colorés artificiellement : par exemple ceux de lump (Cyclopterus lumpus).
Quelques cas d’allergie à ces œufs ont été rapportés : oeufs de saumon
, de truite
, de cisco (Coregonus lavaretus)
, de caviar beluga
.
S’il a été rapporté une proportion non négligeable de tests in vitro positifs pour des œufs de lieu ou de saumon chez des sujets allergiques au poisson au Japon
, ou une corrélation entre œufs de saumon et œufs de morue, également in vitro et au Japon
, les observations cliniques plaident plutôt en faveur d’une certaine indépendance des réactivités : allergie est limitée à une seule sorte d’œufs, et ne s’accompagnant pas d’allergie aux poissons eux-mêmes.
Des tests de réactivité croisée ont parfois été entrepris : ils montrent des résultats disparates, tant entre différents œufs de poissons qu’entre ceux-ci et des extraits de poisson. Le nombre d’observations reste au total très faible et il est difficile de conclure. On ne peut, par ailleurs, exclure la possibilité d’une contamination des œufs par des protéines de poisson.
Les allergènes en cause dans les réactions aux œufs de poisson semblent correspondre à des vitellogénines
, protéines de masse moléculaire élevée présentes dans les œufs à côté d’autres protéines comme les lipovitellines et phosvitines qui ne sont pas sans rappeler les protéines du jaune d’œuf de poule. Mais les auteurs qui ont testé une réactivité croisée œufs de poisson – jaune d’œuf de poule ont trouvé des résultats négatifs
. Cliniquement, les patients ne sont pas allergiques non plus à l’œuf de poule.



