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Les protéines des graines
dimanche 17 août 2008, par
Les végétaux représentent une part importante, et parfois essentielle, des apports nutritionnels : polysaccharides comme l’amidon, triglycérides dans les graines oléagineuses, protéines dans les organes de réserve (ex. tubercules) et dans les graines.
Les graines des céréales et celles des Fabacées sont la principale source de protéines végétales en alimentation humaine.
La majeure partie des protéines dans les graines a un rôle statique : ce sont des protéines stockées en vue d’être utilisées au moment de la germination. Une petite partie des protéines joue un rôle métabolique ou de défense contre les agressions.
Les protéines de stockage des graines
Ces protéines sont d’une grande variété, tant au sein d’une même graine qu’entre graines d’espèces et de familles botaniques différentes.
Malgré tout, des appellations transversales leur ont été données, basées dans un premier temps sur des propriétés physiques (albumines, globulines, 2S, 7S, 11S, ..) puis sur des homologies séquentielles et/ou structurelles (ex. super-famille des cupines).
Ces appellations sont d’un abord difficile :
1- Les différences de solubilité des protéines :
Osborne en 1924 a introduit une méthode de séparation des protéines en fractions différant par leur aptitude à se dissoudre dans tel ou tel liquide : les albumines sont solubles dans l’eau, les globulines sont solubles dans une solution salée, les prolamines dans une solution alcoolique (= les gliadines pour la farine de blé) et les glutélines dans une solution acide ou basique (= les gluténines pour le blé).
2- Les dénominations d’albumines et de globulines se superposent à peu près à une autre propriété physique qui est la vitesse de sédimentation des protéines en solution sous l’effet d’une centrifugation énergique. Cette séparation est quantifiée en unité S (Svedsen) : les 2S sont plus légères que les 7S, les 11S, etc.. et sont habituellement solubles dans l’eau : on a des 2S albumines. Les 7S sont généralement des globulines, de même que les 11S, etc..
3- Les progrès dans le séquençage des protéines et dans la classification en familles moléculaires ont permis de mieux comprendre :
– la relation entre la structure et l’activité biochimique des protéines
– les assemblages intra- et inter-moléculaires
– la résistance aux stress thermiques
– les parentés entre protéines et entre groupes de protéines (phylogénèse)
Ce dernier point intéresse l’immunologie puisqu’il permet de comprendre les réactivités croisées. Cependant, la classification opérée par les biochimistes et les bio-informaticiens, si elle aide souvent l’allergologue, peut aussi l’embrouiller.
Ainsi les prolamines sont diverses sortes de protéines de stockage trouvées dans les graines de céréales, mais représentent aussi le nomd’une super-famille dont les membres (LTP, 2S albumines, gliadines, etc..) ne sont que de vagues cousins. Une sensibilisation aux LTP peut induire des réactions à plusieurs produits contenant des LTP (ex ; fruits des Rosacées) mais ne se prolonge pas vers une réactivité croisée avec les gliadines du blé ou avec Ara h 2, une 2S albumine de l’arachide, par exemple.
La figure ci-dessous montre différentes sortes de protéines appartenant à la super-famille des prolamines. Les domaines non-répétitifs sont en blanc et les domaines répétitifs en couleurs. Des différences existent entre les motifs répétés d’acides aminés (couleurs différentes), tandis que les domaines non-répétitifs possèdent tous un motif caractéristique de cystéines.
De même les cupines sont une super-famille artificielle contenant à la fois des protéines de stockage (ex. Ara h 1 ou Ara h 3 dans l’arachide) et d’autres familles de protéines (ex. les germines) .
4- Très souvent les protéines sont présentes sous de multiples variantes dans la même plante. Ces « isoformes » sont le résultat de plusieurs facteurs :
– plusieurs gènes homologues sont présents et exprimés dans le même organe de la plante : variations de séquence d’acides aminés
– les isoformes sont diversement glycosylées après leur synthèse : variations de masse moléculaire
– certaines protéines sont des assemblages de sous-unités diverses : pluralité des masses moléculaires finales
– des liaisons sont parfois créées entre protéines similaires donnant naissance à des réseaux inter-moléculaires très étendus. Les masses sont alors variées et on parle non pas d’une protéine mais d’un groupe de protéines (ex. gluténines du blé)
5- Les procédés visant à caractériser les protéines font appel à des méthodes séparatives. Ces méthodes sont tantôt peu sélectives (ex. solubilité, sédimentation), tantôt déstructurantes. Ainsi la séparation électrophorétique fait souvent appel à un agent tensio-actif, le SDS (sodium dodécyl-sulfate) qui rompt les liaisons faibles entre sous-unités et/ou protéines, telles les liaisons H (hydrogène). On observe alors en électrphorèse des bandes dont la masse ne correspond plus à la masse initiale des protéines.
De même quand le procédé de séparation inclut un pré-traitement dit « réducteur » qui, pour sa part, rompt les ponts SS (di-sulfures) établis entre sous-unités et/ou protéines. Au total, on observe une multiplicité de bandes dont l’ordre des masses n’a souvent rien à voir avec la masse de la protéine d’origine.
Par exemple, des 11S plus légères que des 7S.
Quand la technique séparative est complétée par une révélation avec le sérum de patients on aboutit alors à des bandes pouvant avoir un nom d’allergène précis mais incomplet (ex. sous-unité béta de la conglycinine) ou, inversement, à un allergène réparti sur quelques bandes (ex. isoformes).
6- Enfin, des noms vernaculaires tendent à rendre encore plus complexe la compréhension des homologies et parentés entre protéines des graines.
Le tableau ci-dessous donne un aperçu de ces difficultés de dénomination :
| Super-famille | Solubilité | Famille | Protéines | Apparentées | Rôle(s) |
| Cupines | Eau + sel | 11S globulines Légumine-like |
Légumine (pois), Glycinines (soja), α conglutine (lupin), Cruciférine (colza, moutarde), Hélianthinine (tournesol), Arachines (Ara h 3/4 arachide), Amandine (amande), et sésame, sarrasin fruits à coque, etc.. |
Glutélines (riz) * Avoine |
Stockage |
| Cupines | Eau + sel | 7S globulines Viciline-like |
Viciline (pois), β et γ conglycinine (soja), β conglutine (lupin), Phaséoline (haricot), Conarachine (Ara h 1 arachide), et sésame et fruits à coque, etc.. |
Convicilines (pois), γ conglutine (lupin, amande) Sucrose binding protein (soja, lentille) |
Stockage |
| Cupines | Eau | Germine-like | Germine (germe de blé), Poivre |
Défense | |
| _________ | ________ | ______________ | ___________ | __________ | _______ |
| Prolamines | Eau | 2S albumines | Napines (colza), α conglutine (soja), δ conglutine (lupin), Conglutines (Ara h 2/6 arachide), et sésame, sarrasin, moutarde, fruits à coque, etc.. |
Protéines PA1/PA2 (pois, pois chiche) | Stockage et ± défense |
| Prolamines | Eau | L T P (lipid transfer proteins) |
Céréales, fruits à coque, arachide, tournesol, châtaigne, etc.. etc.. | Soybean hydrophobic protein (Gly m 1 soja) | Défense |
| Prolamines | Eau | A T I (inhibiteurs d’amylase trypsine) |
Blé, orge, seigle, riz, maïs, millets | Défense | |
| Prolamines | Alcool | "Prolamines" (monomériques) |
αβ, γ et ω Gliadines (blé), Hordéines B et C (orge), Sécalines (seigle) |
Avénines (avoine), α zéines (maïs) ** |
Stockage |
| Prolamines | Acide ou alcali | "Glutélines" (± polymériques) |
Gluténines (blé), Hordéines D (orge), β, γ et δ zéines (maïs) |
Stockage | |
| Prolamines | Eau | Indolines | Puroindoline (blé) | Défense |
* Les glutélines du riz sont peu solubles en milieu alcalin et plutôt proches des 11S globulines
** Il existe des protéines équivalentes dans d’autres Panicoïdées (sorgho, millets)
Autres protéines des graines
Il existe de très nombreuses autres sortes de protéines IgE-réactives dans les graines. Beaucoup d’entre elles ont un rôle défensif. Elles sont en général hydrosolubles, c’est-à-dire présentes dans les extraits des farines et des graines.
Parmi les principales, on peut citer :
– des oléosines : ces protéines de 15-25 kDa stabilisent les globules graisseux et sont donc retrouvées surtout dans les graines oléagineuses (arachide, coton, soja, colza, sésame, noisette, ..)
– des inhibiteurs de protéases : serpines (blé), Bowman-Birk (soja), Kunitz (soja), Potato-1 (sarrasin), cystatines (soja)
– des protéines PR de défense végétale : PR-10 Bet v –like (noisette, graines de Fabacées ou d’Apiacées, pavot, ..), chitinases (châtaigne, blé, ..), LTP (toutes les graines), thaumatine-like (blé), peroxydases (céréales), thionines (céréales)
– des enzymes du métabolisme oxydatif et énergétique : amylases (soja, blé, orge), glyoxalase (riz), Mn-superoxyde dismutase (pistache), thiorédoxines (maïs, blé), lipoxydases (soja), etc..
– des profilines, bien sûr
– etc.. etc..



