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Chat et chien
mardi 20 avril 2010, par
Près de 10 millions de chats et autant de chiens vivent en France. Le contact avec ces animaux est la cause de fréquentes manifestations allergiques et le chat vient en seconde position, après les acariens, pour la fréquence des TC positifs vis à vis de composants de l’air dans un environnement intérieur. Entre 20 et 35% des enfants en Europe du Nord ont un chien et/ou un chat à la maison. Et 50 à 70% des enfants asthmatiques présentent une réactivité pour ces animaux.
Si les allergènes du chat sont aisément aérosolisés et si de nombreux objets constituent des réservoirs d’allergènes s’épuisant lentement (tapis, moquettes, rideaux, sièges,..)
, la relation entre la charge allergénique et la survenue de symptômes allergiques est beaucoup moins claire pour le chat que pour les acariens
, et plus généralement pour chat et chien
.
Certains travaux ont évoqué un paradoxe pour l’allergie au chat : alors que la prévalence (et la sévérité) de l’allergie aux acariens augmente en proportion de l’exposition des patients aux allergènes d’acariens (ex. Der p 1), les enfants fortement exposés au chat avaient globalement un risque plus faible de développer une allergie au chat que ceux ayant une exposition « moyenne »
.
Ces observations n’ont pas été retrouvées dans d’autres travaux, de sorte que l’effet « protecteur » n’est pas vraiment démontré pour l’instant
. Bien sûr, si l’allergie est constituée, l’expression clinique ne peut s’améliorer en augmentant l’exposition aux allergènes de chat !
Cette sorte de « protection » apportée par un contact précoce et important aux allergènes de chat chez certains enfants pourrait trouver son explication dans un équilibre Th1/Th2 favorable au statut Th1 s’accompagnant de valeurs élevées d’IgG anti-chat. On a par exemple montré que la rupture de l’exposition aux allergènes de chat faisait décroître les taux d’IgG1 anti-Fel d 1, alors que ceux d’IgE anti-Fel d 1 se modifiaient peu ou pas
.
Dans une cohorte de 112 patients (adolescents et adultes) présentant un TC positif pour le chat, il a été montré que ceux n’ayant pas de chat à la maison avaient des taux inférieurs d’IgG4 anti-chat
. Corrélativement, à dose égale d’extrait de chat, le diamètre de la papule était supérieur chez ces sujets : en moyenne 3 fois supérieur.
Si la présence de chat(s) accroît la prévalence d’une IgE-réactivité anti-chat à l’âge de 2 ans, elle tend à diminuer le risque de sifflements (et modérément de rhinite) à l’âge de 5 ans et, ce, quelle que soit la réactivité pour le chat à cet âge
.
La présence de chat(s) à la maison constitue donc un facteur complexe de risque allergique
. Et l’absence de chat ne signifie pas l’absence d’allergènes : ceux-ci peuvent être véhiculés par les vêtements, voire par les cheveux
. Dans des contextes où les chats ne sont pas admis à l’intérieur des habitations, on a pu mesurer des taux significatifs de Fel d 1 indoor ; et la fréquence des TC positifs pour le chat pouvait atteindre 45% des patients présentant une rhinite et/ou un asthme
.
Des résultats très élevés in vitro sont possibles chez des sujets n’ayant pas de chat dans leur environnement quotidien
.
La relation entre chat et chien est complexe également : il n’est pas toujours aisé d’évaluer les rôles respectifs du chat et chien dans la symptomatologie du patient quand ce dernier présente des tests positifs pour les deux animaux. D’autant que la présence d’un chat à la maison n’est pas nécessaire pour manifester une réactivité au chat.
L’albumine est un allergène pouvant expliquer une double réactivité chat-chien. Cependant la fréquence de cette double positivité dépasse souvent celle d’une réactivité aux albumines. Cela peut résulter d’une sous-représentation des albumines dans les extraits
, mais aussi de la présence d’autres allergènes homologues dans les extraits de chat et de chien.
De fait, des travaux récents ont révélé la présence d’une lipocaline IgE-réactive chez le chat et d’une protéine homologue de Fel d 1 chez le chien.
La relevance immunologique et clinique de ces communautés moléculaires est envisagée plus loin (cf. Chat ou chien ?).
Les allergènes du chat
La cartographie des allergènes du chat est dominée par une protéine identifiée très tôt, Fel d 1
, mais dont la fonction est toujours imprécise. Cet allergène est un grand classique, une des premières molécules à s’être immiscée au sein des « poussières de maison » et autres « arbres de zone humide » à une époque où ces mélanges complexes étaient considérés comme des « allergènes ». Cette familiarité de Fel d 1 transparaît dans l’usage encore rencontré du vocable initial de « feldoine » !
Fel d 1
Cet allergène est composé de 2 chaînes peptidiques, alpha (4 kDa) et béta (14 kDa), associées par des ponts disulfures. Cet hétéro-dimère s’associe à nouveau à l’état naturel pour former un tétramère de 33-39 kDa
.
La classification de Fel d 1 dans une famille de protéines a échoué jusqu’à présent. Du coup, les protéines homologues rencontrées chez les félins (panthère, lion, etc..) sont regroupées sous le terme générique de « Fel d 1-like ».
La structure 3D de Fel d 1 évoque celle des utéroglobines : cavité interne qui pourrait être le siège d’un ligand
et transport de calcium
. L’utéroglobine humaine peut transporter du rétinol ou de la progestérone, par exemple. Cette fonction cadrerait avec l’hormono-dépendance de la production de Fel d 1, les chats mâles produisant plus de Fel d 1 que les chats femelles
. D’autant qu’une homologie existe entre Fel d 1 et une protéine liant les androgènes chez les rongeurs.
Mais Fel d 1 n’a qu’une très faible identité séquentielle avec les utéroglobines (env. 20% pour la chaîne alpha). Et Fel d 1 a également une autre ressemblance structurale : cette fois avec des protéines dites CCSP de l’épithélium bronchique humain (Clara Cell Secretory Protein)..
La nature exacte des Fel d 1-like n’est donc pas élucidée.
On trouve Fel d 1 dans divers milieux et tissus : les travaux de l’équipe de Vervloet ont montré que le siège principal de synthèse de Fel d 1 était la peau (les glandes sébacées) et non la salive
. Le léchage de son pelage par le chat n’est donc pas la source principale de Fel d 1 dans les extraits et dans les particules aéroportées. Le poitrail du chat est une zone de plus forte production de Fel d 1
.
Laver le chat est inutile, les taux de Fel d 1 dans l’air ambiant se reconstituant en moins de 24 heures
. A noter aussi que Fel d 1 résiste bien à la chaleur
.
Accessoirement, les glandes anales
, le liquide lacrymal et le lait (très peu) contiennent du Fel d 1
.
Fel d 1 est, de loin, l’allergène principal du chat :
– il est souvent trouvé positif in vitro chez plus de 80 à 90% des sujets réactifs pour l’extrait de chat : 86%
, 89%
, 94%
, 76-87%
, 68%
, 100%
, 60-75%
– il est souvent le seul positif parmi les allergènes du chat
– il représente une part prépondérante de l’IgE-réactivité au sein de l’extrait chat ![]()
Fel d 1 est donc un bon candidat pour les tests diagnostiques en allergologie moléculaire (cf. Diagnostic d’une réactivité au chat).
Les épitopes de Fel d 1 sont en partie conformationnels
car la somme des IgE-réactivités des 2 chaînes séparées de Fel d 1 est très inférieure à l’IgE-réactivité de Fel d 1 naturel (hétérodimére)
.
La chaîne béta de Fel d 1 est glycosylée, mais les motifs glucidiques de cette glycosylation ne contiennent pas de fucose 1,3 interne ni de xylose
. Cette glycosylation ne semble donc pas prompte à générer une IgE-réactivité
.
Fel d 2
C’est une albumine présente dans le sérum mais aussi dans les phanères et la salive. Selon le type d’extrait on pourra trouver plus ou moins de sujets positifs pour Fel d 2, un extrait de pelage pur (« hair ») renfermant très peu d’albumine contrairement à un extrait plus complet (« hair + epithelium »)
.
La prévalence de positivité in vitro pour Fel d 2 va de 6% à 30%
. Elle semble plus élevée en cas de double positivité chat et chien
. Il est très rare de trouver Fel d 2 positif sans que Fel d 1 ne soit également positif
.
De ce fait, la relevance clinique de Fel d 2 est difficile à cerner.
Chez l’enfant, le type de pathologie allergique pourrait influencer la réactivité à Fel d 2 : 6 enfants sont positifs parmi 11 en cas d’eczéma atopique, contre 1 sur 9 en cas de rhino-conjonctivite
.
L’albumine de chat est évoquée comme acteur principal du "syndrome porc-chat"
Fel d 3
C’est une protéine de 11 kDa possédant une activité d’inhibiteur de cystéine protéase. Plus précisément, cet inhibiteur est classé parmi les stéfines. Fel d 3 montre 79% d’identité avec la cystatine A du bœuf qui est aussi un inhibiteur de cystéine protéase
.
La réactivité à Fel d 3 est mal connue. Une étude avait estimé à 2% la prévalence de positivité à Fel d 3
.
Fel d 4
C’est une lipocaline. Sa caractérisation récente a mis fin à une situation où le chat se distinguait parmi les mammifères comme étant apparemment dépourvu de lipocaline IgE-réactive. Fel d 4 est synthétisé dans les glandes sous-maxillaires. Il a été trouvé positif chez 30% des patients dans une étude
et chez 63% dans une autre étude (parfois avec une réactivité supérieure à celle de Fel d 1)
.
L’homologie de Fel d 4 avec d’autres lipocalines va de 21% d’identité avec Can f 1 (chien), ou 26% avec Bos d 2 (vache), à 67% avec Equ c 1 (cheval). Ceci étant, ces pourcentages sont mal traduits en réactivité croisée … pour autant que les extraits utilisés contiennent les lipocalines attendues : l’IgE-réactivité de Fel d 4 est inhibée par un extrait de vache, mais pas par un extrait de cheval
.
Fel d 5
Cet allergène est constitué par les IgA du chat. D’origine sérique, ces IgA semblent pouvoir être présentes dans un extrait d’epithelia
. Fel d 5 a été trouvé positif chez 38% des patients, mais seulement le ¼ d’entre eux restaient positifs après déglycosylation de l’allergène. Il apparaît donc que les épitopes principaux de Fel d 5 sont de nature glucidique
(cf. Mammifères et CCD).
A noter qu’en blot la chaîne lourde de ces IgA migre au même niveau que Fel d 2, l’albumine du chat. Il est possible que cela ait faussé l’interprétation de certains travaux …
Fel d 6 et Fel d 7
L’IUIS a retenu les IgM de chat, Fel d 6, comme « allergène » valide. Cependant la preuve de la présence de ces IgM dans les phanères de chat n’est pas faite. Seule une réactivité croisée entre Fel d 5 et ces IgM a été montrée, le croisement étant d’ailleurs de type CCD
.
L’IUIS a également retenu comme allergène Fel d 7 une protéine homologue de la glande de von Ebner (18 kDa) : environ 30% des patients seraient positifs pour le recombinant de cette protéine (résultats non encore publiés).
Protéine BASE
Récemment une nouvelle protéine, présente dans la salive du chat, a vu son IgE-réactivité caractérisée. Il s’agit d’un homologue de protéines « breast cancer salivary-gland expression » (BASE) et également plus ou moins homologue d’Equ c 4 (lathérine du cheval).
La BASE du chat a été montrée positive chez 25% des patients, mais elle était parfois positive alors que Fel d 1 était négatif. Et, quantitativement, l’IgE-réactivité de BASE dépassait souvent celle de Fel d 1
.
Cet allergène pourrait être un candidat intéressant pour expliquer une positivité pour le chat sans positivité pour Fel d 1.
Les allergènes du chien
On ne connaît qu’une partie des allergènes du chien : au moins 10 bandes sont repérées en immunoblot, alors que seulement 4 allergènes sont actuellement caractérisés.
Le chien diffère du chat : ses principaux allergènes ont une origine buccale. Ils sont déposés sur le pelage et la peau par léchage.
Par contre, comme pour le chat, on peut trouver des allergènes de chien dans les habitations ou bâtiments n’abritant pas de chien. Et des patients réagissent au chien sans exposition significative
.
Can f 1
C’est une lipocaline formant un dimère à l’état naturel. Can f 1 est produit par les glandes de von Ebner (situées sur la langue du chien) et montre 50% d’identité avec la protéine homologue chez l’homme. Les protéines de cette famille, les VEGP, ont une activité d’inhibiteurs de cystéine protéase.
On trouve Can f 1 avant tout dans la salive de chien. Un extrait de « squames » (ex. le CAP « E5 ») est plus riche en Can f 1 qu’un extrait d’épithélium (CAP « E2 »)
.
On trouve très peu de Can f 1 dans l’urine et pas de Can f 1 dans le sérum de chien
.
La production de Can f 1 varie avec les races de chiens, les Labradors étant peu producteurs, par exemple. Les chiens mâles produisent plus de Can f 1 que les chiens femelles. Les races séborrhéiques aussi. Par contre la longueur des poils ou la castration n’ont pas d’influence
.
Can f 1 résiste bien à la chaleur sèche (1h à 140°C)
… Et laver le chien fréquemment ne permet pas une réduction efficace de l’exposition à Can f 1 ! ![]()
Can f 2
C’est aussi une lipocaline glycosylée formant des dimères
. Le lieu de synthèse de Can f 2 diffère de celui de Can f 1 : il s’agit surtout des parotides. L’homologie de Can f 2 avec Can f 1 est faible (env. 24% d’identité) et n’est guère meilleure avec Mus m 1 (souris) ou Rat n 1 (rat) (env 30%)
.
On trouve Can f 2 dans les « squames » et dans la salive. Le rôle joué par Can f 2 dans l’allergie au chien est mal connu car la positivité pour Can f 2 est très souvent
, voire constamment
, accompagnée d’une positivité pour Can f 1.
Le tableau ci-dessous donne des prévalences de positivité pour Can f 1 et Can f 2 chez les mêmes sujets :
E. coli : recombinant préparé dans Escherichia coli / P. pastoris = préparé dans Pichia pastoris
Can f 3
C’est l’albumine du chien. Synthétisée dans le foie, elle est retrouvée dans le sérum, la salive et la peau. Son IgE-réactivité est connue de longue date
. Can f 3 a été trouvé positif chez 35% des sujets en immunoblot dans une étude
mais est cependant considéré comme mineur cliniquement chez la plupart des patients.
L’albumine du chien peut croiser avec d’autres albumines de mammifères et son rôle dans les doubles positivités chat-chien est suspecté.
Can f 4
Une autre lipocaline de 18 kDa, nommée Can f 4, a récemment été caractérisée : elle est retrouvée dans les squames du chien mais pas dans la salive ni l’urine. En immunoblot, cette lipocaline était positive chez 45 à 60% des patients
![]()
Can f 5
Cette « kallikréine » est une arginine estérase d’origine prostatique mais dont l’IgE-réactivité a été retrouvée dans des extraits de squames
: 70% de sujets positifs en CAP pour le chien étaient positifs in vitro pour cet allergène.
La réactivité croisée entre un extrait de squames de chien (ou rCan f 5) et la PSA humaine
, associée à la démonstration que cette dernière est en cause dans l’allergie au liquide séminal
, rendent d’autant plus perspicaces les observations de Drouet dans cette pathologie allergique : sur 13 patientes, 7 étaient positives en CAP pour le chien, et ce dernier inhibait in vitro la réactivité vis-à-vis du liquide séminal
.
En effet, la PSA humaine (ou kallikréine 3) a 58% d’identité avec Can f 5 et pourrait se comporter en homéo-allergène chez une patiente sensibilisée à Can f 5.
Fel d 1-like
Une protéine homologue de Fel d 1 avait été suspectée dès 1980
. Sa présence a reçu une preuve indirecte récemment : rFel f 1 était capable d’inhiber une zone de 20 kDa dans un extrait de squames de chien (9 patients / 36)
. Cependant, si les sujets étudiés étaient allergiques au chat et positifs en TC pour le chien, aucun d’entre eux ne présentait une allergie clinique vis à vis du chien.
Une meilleure caractérisation de cette protéine permettrait de mieux appréhender son rôle, tant dans l’allergie au chien que dans les réactions croisées chat-chien. Par exemple, dans les cas où l’albumine ne semble pas pouvoir expliquer une double positivité chat-chien.
Autres allergènes
Des immunoglobulines ainsi qu’une alpha anti-trypsine seraient IgE-réactives dans les squames
. A confirmer.
Enfin, comme pour d’autres extraits animaux ou végétaux, il est vraisemblable que les procédures classiques d’obtention des extraits de chien ne rendent pas compte de l’ensemble des allergènes existant à l’état natif
.
Tests in vitro et allergie au chat ou au chien
Les arguments cliniques et les tests cutanés suffisent dans la plupart des cas pour poser un diagnostic d’allergie au chat.
Les extraits pour tests cutanés sont mieux maîtrisés que par le passé où des cas de contamination par des acariens ont pu se produire
. Malgré tout, les concentrations en allergènes peuvent dépendre de la méthode utilisée pour obtenir la matière première. C’est le cas pour l’albumine
.
Les mêmes limitations affectent les extraits pour tests in vitro. Et les différences d’origine industrielle entre extraits pour TC et pour tests in vitro ne font qu’ajouter au peu de corrélation habituel entre réactivité cutanée et réactivité sérique. L’utilisation d’allergènes purifiés ou recombinants, isolément ou en cocktail, a pour objectif de pallier ces difficultés.
Pour le moment, les allergènes ne sont testables qu’in vitro. Qu’apportent-ils comparativement aux extraits classiques ?
De nombreux travaux ont été consacrés à l’évaluation du test CAP chat (« E1 ») : dans l’ensemble, la valeur prédictive positive (VPP) d’un résultat > 0,35 kU/l est très bonne, comme le montre le tableau ci-dessous où le diagnostic était établi avec la clinique et des TC :
| Réf. | Nb. patients | Prévalence d’allergie (%) | VPP (%) |
|---|---|---|---|
| 100 | 45 | 93 | |
| 128 | 39 | 93 | |
| 69 | 43 | 80 | |
| 53 | 39 | 100 | |
| 167 | 7,2 | 50 | |
| 181 | 32 | 78 |
Si l’efficacité du test est évaluée comparativement à un test de provocation nasal ou bronchique, il faut cependant des valeurs CAP chat nettement plus élevées pour approcher une VPP de 100% : par exemple au moins 13 kU/l dans l’étude de Fernandez
.
Les auteurs de cette étude relèvent par ailleurs l’absence de relation entre le résultat chiffré (kU/l) et le score clinique au cours du test de provocation. Ce peu de corrélation avait été noté également entre le résultat pour Fel d 1 et le seuil de sensibilité en test cutané
.
Cette dissociation immuno-clinique au niveau individuel se double d’une seconde restriction quant à l’usage des valeurs « décisionnelles » obtenues dans ce type de travaux : en effet, ces valeurs sont des moyennes au sein d’une cohorte et, individuellement, des écarts importants peuvent exister de part et d’autre de cette moyenne. Ainsi, pour un même résultat chiffré, par exemple 3 kU/l, la probabilité d’allergie au chat pouvait varier d’un facteur de 1 à 10, selon les patients
.
Plusieurs auteurs ont présenté des « courbes de risque » d’allergie en fonction des résultats pour le CAP chat. De ces travaux il ressort qu’il est impossible de définir une courbe de risque applicable en routine quotidienne, tant les courbes diffèrent d’une étude à une autre ou, au sein d’une même étude, d’une cohorte à une autre. Les modes de recrutement et les critères du diagnostic diffèrent trop.
Quelques valeurs pour illustrer ce constat :
– 3 cohortes sont comparées : il faut 21 kU/l pour une probabilité d’allergie de 90% dans une cohorte, mais 2,1 kU/l dans la seconde et 0,8 kU/l dans la troisième
– avec 3,5 kU/l la probabilité est de 84% ou 95% selon les groupes étudiés
. Avec un seuil à 0,7 kU/l c’est 36% vs 71%
– il faut 13 kU/L pour obtenir 93% de probabilité d’allergie dans une autre étude ![]()
Ces écarts se retrouvent également si l’on utilise les courbes ROC : le cut-off optimal est estimé à 0,5 kU/l
ou 1,6 kU/L
.
Est-il besoin d’ajouter que ces courbes sont en plus très différentes d’un industriel à un autre ? ! ![]()
Si le résultat chiffré n’est pas d’un grand secours, le diagnostic d’une allergie au chat est-il amélioré avec les allergènes purs et, particulièrement, avec l’allergène prépondérant du chat, Fel d 1 ?
Il est difficile de répondre à cette question en l’état actuel des travaux publiés. Ceux-ci sont encore en nombre limité et le mode d’obtention de rFel d 1 par recombinaison génétique varie selon les auteurs.
Les recombinants sont essentiellement de deux sortes : soit les 2 chaînes de Fel d 1 sont produites séparément dans E. coli et laissées se réassocier, comme dans Fel d 1 naturel
; soit le système d’expression (E. coli ou Baculovirus) reçoit un ADN où les gènes des 2 chaînes sont mis bout à bout, ce qui produit alors un polypeptide unique, une protéine dite « de fusion »
.
Globalement, les résultats obtenus avec ces rFel d 1 tendent à donner des valeurs un peu supérieures à celles observées chez les mêmes patients avec nFel d 1
. Et la positivité pour rFel d 1 recouvre la positivité pour un extrait chat en TC dans environ 90 à 100% des cas
, quel que soit le type du recombinant.
La corrélation entre les kU/l pour le CAP rFel d 1 et celui pour le chat est très bonne (r = 0,85-0,91)
.
Il est rare que le CAP rFel d 1 soit positif alors que le CAP chat est négatif : 5 cas/97
, 2 cas/135
. Ce gain de sensibilité est du à une charge en Fel d 1 trois fois plus importante dans le CAP rFel d 1 que dans le CAP chat.
L’avantage apporté par rFel d 1 comparativement au test chat global est donc limité dans le diagnostic positif de l’allergie au chat. Par contre, rFel d 1 est utile en cas de double positivité chat-chien si l’imputabilité du chat n’est pas claire.
Par ailleurs, il est possible qu’une réactivité au chat sans expression clinique soit un élément de pronostic : ainsi l’étude de la cohorte d’enfants BAMSE a montré les résultats suivants
:
– à l’âge de 4 ans 76% des enfants avec allergie au chat étaient positifs pour rFel d 1, contre 33% des enfants sans symptômes
– à l’âge de 8 ans, 87% de ceux qui étaient devenus allergiques au chat entre 4 et 8 ans étaient positifs pour rFel d 1
– mais surtout près de la moitié de ceux-ci étaient déjà positifs pour rFel d 1 à l’âge de 4 ans
Un résultat positif pour le CAP rFel d 1 assure-t-il d’une allergie au chat ? Non, pas toujours. En effet, quand les résultats de rFel d 1 sont confrontés à un diagnostic établi à l’aide d’un TPB, la VPP d’un test rFel d 1 positif est de 70% (9 TPB négatifs/31 rFel d 1 >0,35 kU/l)
.
Ce qui n’est pas éloigné de la performance du CAP chat : 69% de VPP à 1,6 kU/l (niveau optimal vs TPB)
.
Un résultat négatif pour rFel d 1 écarte-t-il une réactivité au chat ? : si une réactivité pour un test chat global a été observée, la négativité pour rFel d 1 n’est pas contradictoire, même si elle reste rare. Plusieurs causes sont possibles :
– le patient réagit à d’autres allergènes que Fel d 1 et l’on peut explorer une réactivité vis à vis de Fel d 2, l’albumine du chat, sachant qu’une positivité pour Fel d 2 sans positivité pour rFel d 1 est rare (2%
). Les autres allergènes du chat ne sont pas testables in vitro pour le moment
– le recombinant rFel d 1 n’est pas adapté au patient : la protéine de fusion n’est pas identique à la protéine naturelle et certains épitopes peuvent ne pas être équivalents. Ce peut être le cas avec le CAP rFel d 1 qui a été trouvé négatif de façon inattendue dans plusieurs observations (Congrès SAICO, Angers, mai 2008). Il pourrait être envisagé de tester alors l’allergène naturel nFel d 1, ce qui est possible avec la technique DPC-Siemens.
Il existe un certain flou concernant le choix de la meilleure matière première pour préparer les extraits de chien (cf. Allergies respiratoires vis à vis des mammifères). La composition des extraits commerciaux varie largement d’un industriel à un autre
.
In vitro, il est proposé un test « squames » (« dander », E5) et un test « épithélium » (E2). Le test le plus couramment utilisé dans les travaux publiés est basé sur un extrait de « squames » (E5), montré plus sensible
.
Les difficultés pour établir des seuils décisionnels exposées au sujet du chat sont, dans le cas du chien, encore plus évidentes. Il est très difficile d’atteindre une VPP proche de 100% : dans une étude comparant le CAP chien à un TPB, un seuil à 10,7 kU/l ne montrait qu’une sensibilité de 36%
.
Et les courbes de « risque d’allergie » montrent de profondes discordances d’une cohorte à une autre : 78% de « risque » à 3,5 kU/l
ou 60% au mieux à 100 kU/l
!
On peut espérer que le recours à des allergènes purs permettra de corriger en partie ces difficultés dans l’exploration d’une réactivité au chien. Can f 1 semblerait le meilleur choix car Can f 2 est trop rarement positif isolément (cf. tableau). L’albumine Can f 3 pourrait constituer un complément utile pour cette exploration.
Cependant, un travail récent a montré que si rCan f 1 n’était positif que chez 49% des patients (CAP chien positifs), la sensibilité diagnostique n’était que très peu améliorée par l’ajout d’autres allergènes : la combinaison rCan f 1 + rCan f 2 était positive dans 51% des cas, et avec rCan f 1 + rCan f 2 + rCan f 3 on arrivait à 57% seulement
.
Aussi, avant de posséder un cocktail plus efficace d’allergènes, un test in vitro basé sur un extrait global de phanères de chien reste la moins mauvaise solution.
Chat ou chien ? Ou les deux ?
Il est fréquent de rencontrer des tests diagnostiques positifs à la fois pour le chat et pour le chien. Dans l’étude allemande MAS, par exemple, il était relevé autant de doubles réactivités (32 enfants) que de mono-réactivités (chat seul 24 enfants, chien seul 9 enfants)
. De même dans une étude chez des adultes : 55% de doubles positivités chat-chien
.
Les résultats de l’étude européenne GA2LEN ont donné une prévalence moyenne de 22,5% de TC positifs pour le chat et de 14,9% pour le chien
. D’un centre à un autre, cette étude montrait un relatif parallélisme entre chat et chien et cela pose la question des doubles positivités retrouvées dans de nombreux autres travaux tant en TC
qu’in vitro
: sont-elles le résultat de 2 sensibilisations indépendantes ? Ou bien résultent-elles d’une réactivité croisée entre chat et chien ?
Réactivité croisée chat-chien :
Elle a été repérée dès les années 70
et a été confirmée dans plusieurs études (
etc..).
Elle n’est pas systématique. La responsabilité d’une RC entre les albumines a été évoquée
. Dans la majorité des cas, l’albumine de chat inhibait l’albumine de chien. La réaction croisée inverse (chien -> chat) a été moins étudiée, mais existe aussi
.
Parmi des patients avec un TC positif pour le chat et pour le chien, 30% avaient un CAP albumine chat et/ou chien positif
.
Les phanères de chat et de chien possèdent en commun d’autres allergènes que les albumines : des RC peuvent être notées mais les allergènes en cause ne sont toujours caractérisés
. Récemment, on a pu montrer que rFel d 1 inhibait un extrait de chien
et que ce dernier inhibait la lipocaline de chat rFel d 4
. Mais ces RC n’étaient étudiées que sur un nombre limité de patients et d’autres travaux seraient nécessaires pour préciser l’importance de ces croisements.
Pour l’équipe de Strasbourg, la pertinence clinique de la réactivité croisée chat-chien n’est pas encore prouvée
.
Pour différencier une double sensibilisation d’une mono-sensibilisation + RC pour l’autre animal, on peut s’aider des tests in vitro utilisant rFel d 1 et rCan f 1 avec la grille d’interprétation suivante :
| Sensibilisation | |||
|---|---|---|---|
| Chat | Chien | Les deux | |
| rFel d 1 | + | - | + |
| rCan f 1 | - | + | + |
Cette approche reste cependant conditionnée à une confirmation par d’autres travaux que les RC entre allergènes Fel d 1-like et entre lipocalines sont peu fréquentes ou de faible niveau s’agissant du chat et du chien.
Dans l’hypothèse où les tests avec rFel d 1 et rCan f 1 s’avèrent non convaincants, la recherche d’une réactivité pour des albumines (nFel d 2 et/ou nCan f 3) peut être envisagée.



