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Divers aliments
dimanche 15 juin 2008, par
Cet article rassemble des produits d’origines diverses :
- le miel
- les gélatines
Le miel
Les produits dérivés de l’apiculture peuvent entraîner des réactions allergiques. Parmi eux, le miel est le mieux étudié.
L’allergie alimentaire au miel a fait l’objet d’observations isolées en Italie
, en Grèce
, en France
, en Autriche
ou en Espagne
.
Des réactions de type anaphylactique sont parfois vues
. Un cas dans les statistiques du réseau d’Allergovigilance
.
Le Réseau a colligé également 3 cas d’allergie au « pollen d’abeille ». Ce produit est constitué de grains de pollen et de divers contaminants (débris d’abeille, moisissures, etc..). Il est récolté à l’entrée de la ruche. Le lien entre cette allergie et une pollinose est net : patients allergiques à l’armoise
, nombreux TC positifs pour le pollen d’abeille parmi des polliniques
, inhibition par le pollen d’armoise
. Dans une observation d’allergie au miel, le patient était positif en TC pour le pollen d’abeille et négatif pour l’abeille (venin, corps entier)
.
Les cas d’allergie à la gelée royale semblent être plus fréquents en Asie. La gelée royale est un produit complexe issu de secrétions glandulaires céphaliques des abeilles. De nombreuses protéines IgE-réactives sont vues en immuno-blot 2D
, qui n’ont pas été identifiées comme homologues de composants du venin et sont également glycosylées différemment
. L’allergie à la gelée royale semble indépendante de l’allergie au miel
ou aux hyménoptères
, même si l’on a pu trouver parfois un TC positif pour le miel
.
La composition de la gelée royale induit-elle une réactivité cutanée exagérée ? On a en effet trouvé 8% de TC positifs pour la gelée royale parmi des polliniques
et 4 résultats positifs parmi 10 allergiques aux acariens pris comme contrôles dans une autre étude
.
Les cas d’allergie à l’hydromel
ou à la propolis
sont rarissimes, de même que les observations d’allergie à l’ingestion de larves d’abeille ou de guêpe.
Dans le cas du miel, une question est débattue : le patient réagit-il à des composants issus des abeilles ou aux grains de pollen présents dans le miel ?
En effet, bien qu’en poids cela soit très faible (< 0,02%), le miel renferme un nombre considérable de grains de pollens (jusqu’à 10000/g de miel), ces derniers étant plus ou moins modifiés par le travail des abeilles mais pouvant garder l’IgE-réactivité de leurs allergènes.
La relation entre pollens et allergie au miel est fortement suggérée :
- par la présence d’une pollinose, souvent pour des pollens de Composées, dans de nombreux cas cliniques d’allergie au miel

- L’armoise, le tournesol, etc… ont été montrés capable d’inhiber l’IgE-réactivité vis à vis du miel
. - dans 2 séries Espagnoles, entre 16 et 50 % des patients consultant pour une pollinose rapportaient une histoire de réactions avec le miel, l’allergie au miel commençant après la pollinose

- une amélioration de l’allergie au miel au décours d’une immunothérapie avec l’armoise
. - dans la cohorte de 23 allergiques au miel publiée par Bauer
, 18 étaient polliniques. Et ceux qui étaient sensibilisés à l’armoise présentaient des bandes IgE-réactives en blot miel qui n’étaient pas inhibées par un extrait de tête d’abeille. Chez ces sujets, le pollen d’armoise semblait donc responsable de la réactivité au miel - dans la cohorte de 22 allergiques au miel publiée par Helbling
, 17 présentaient un TC natif positif pour le miel et parmi eux 13 avaient un TC armoise positif. Chez un patient, le pollen d’armoise et celui de pissenlit inhibaient le miel.
D’autres résultats indiquent que des composants issus des abeilles pourraient être à l’origine des réactions au miel :
- présence de composants issus des abeilles (ou de la ruche) dans le miel

- présence d’une allergie
ou IDR positive
au venin d’abeille - réactivité en blot pour le venin
, ou pour un extrait de corps entier
ou pour un extrait de glandes salivaires
, avec inhibition du miel par ces produits. Bien que le miel soit connu contenir de épitopes glucidiques
, les inhibitions relevées par Bauer n’étaient pas dues à des CCD
.
Globalement, si l’on cumule les cas publiés, le rôle des pollens est nettement plus souvent suggéré que celui de composants issus des abeilles.
Et si le rôle des pollens de Composées est fréquemment avancé, certains patients ne réagissent qu’à des miels contenant des pollens de Composées
, tandis que d’autres patients réagissent également à des miels d’autre origine
.
Le sujet est donc controversé.
Les gélatines
Le tissu conjonctif des animaux, notamment vertébrés, contient un réseau de protéines de masse élevée, le collagène. Ces protéines peuvent être rendues solubles après une dénaturation, en règle générale une hydrolyse partielle. Les propriétés d’adhésion sont néanmoins conservées en partie, de sorte que le produit obtenu, la gélatine, est capable de former un gel (ou une colle). Le gel est réversible : défait à chaud, il se reforme au cours du refroidissement.
La gélatine est le nom générique donné à un mélange complexe de polypeptides issus principalement du collagène de type 1. La gélatine ne correspond donc pas à une protéine définie.
On peut obtenir de la gélatine en partant de tissus et d’animaux variés. En France, la gélatine est essentiellement fabriquée à partir d’os ou de peau, de bovins ou de porcins. On peut également fabriquer de la gélatine de poisson, par exemple à partir de la peau de thon.
Les gélatines entrent dans la formulation de multiples spécialtés pharmaceutiques : gélules, comprimés, suppositoires, granulés, etc..
. C’est le cas aussi pour certains vaccins au Japon. En France, seul le vaccin contre l’encéphalite japonaise contient de la gélatine
.
Le degré de transformation des molécules de collagène peut aboutir à des solutés dénués de pouvoir gélifiant mais gardant un pouvoir osmotique utile : c’est le cas de solutions de remplissage du type Gélofusine® ou Plasmion®.
La gélatine a également un large éventail d’utilisations alimentaires et peut ainsi constituer un ingrédient allergisant « masqué » : par exemple dans des bonbons, dans des préparations lactées.
La gélatine de poisson est parfois utilisée comme agent clarifiant des vins, c’est « l’isinglass ». Une étude n’a pas retrouvé de traces de gélatine dans différents vins blancs ou rouges
, tandis qu’un autre travail, mené chez la souris, semblait montrer l’absence d’allergénicité du vin traité par ce procédé de clarification
. De même en TPODA chez des patients allergiques au poisson
.
Les observations d’allergie à la gélatine sont rares
et ont principalement concerné un contact iatrogène : surtout soluté de remplissage ou vaccin
, parfois suppositoire
.
L’allergie alimentaire à la gélatine semble très rare
et peut se manifester chez un sujet préalablement sensibilisé par contact iatrogène
. Mais la réaction inaugurale peut aussi être après un contact alimentaire
.
Les manifestations cliniques peuvent prendre un caractère très sévère, jusqu’au choc anaphylactique. Un cas d’allergie à la gélatine de poisson a été colligé par le Réseau d’Allergo-Vigilance
.
La chaîne alpha-2 du collagène semble rassembler les épitopes IgE-réactifs de la gélatine de bœuf. A remarquer que cette IgE-réactivité s’exerce en un point précis où les acides aminés sont très différents de ceux du collagène humain, car, en fait, l’identité globale entre collagène de bœuf et collagène humain est très élevée (env. 93%) et n’est a priori pas en faveur d’une allergénicité
.
La sensibilisation à une sorte de gélatine peut engendrer un risque de réactivité à une autre sorte de gélatine : c’est le cas entre celle de bœuf et celle de porc
, voire de kangourou ou de souris
. Il en est de même pour les différentes gélatines de poisson
.
Mais on n’a pas constaté de réactivité croisée entre gélatines de mammifères et gélatines de poisson
.
Sakaguchi a étudié le risque de réaction à la gélatine de poisson chez 25 enfants avec allergie alimentaire au poisson ou avec dermatite atopique et CAP positif poisson : in vitro, ces auteurs ont observé 8 positivités pour la gélatine, ce qui pose un risque théorique de réaction clinique à la gélatine de poisson chez ces enfants
.
Ceci n’est pas très surprenant car le collagène est lui-même une protéine douée d’IgE-réactivité parmi les protéines de la chair de poisson
.
Cependant, l’IgE-réactivité in vitro observée chez 3 patients vis-à-vis d’une gélatine de thon (parmi 100 sujets CAP positifs pour la morue) n’a pu être confirmée en TPO
.
Et, dans une autre étude portant sur 30 patients allergiques au poisson, 3 sujets avaient un TC positif pour la gélatine de poisson, mais un seul avait un TPO positif pour cette gélatine (à la dose maximale du test, soit 3,6 g)
.
Le risque d’allergie alimentaire est donc faible. Il n’est pas sans danger cependant, tel cet enfant, connu pour son allergie au poisson, qui a manifesté une réaction anaphylactique en mangeant des sucreries gélatineuses (marshmallows)
.
S’agissant de la gélatine de bœuf, on peut remarquer que le collagène dont elle dérive est insoluble à froid et qu’une IgE-réactivité est mal explorée par les extraits de viande qui sont, en règle générale, préparés à froid.
Mullins a trouvé 3 TC positifs pour la gélatine de bœuf parmi 14 patients allergiques à la viande de bœuf
. Et Bogdanovic a relevé 16% de CAP positifs pour cette gélatine parmi 79 sujets avec CAP positif pour la viande de bœuf
. Pour le porc la prévalence était de 38% des 68 patients testés. On peut remarquer que plus la réactivité pour la viande était forte, et plus fréquente était la positivité pour la gélatine correspondante. Malgré tout, le risque clinique réel d’allergie alimentaire associé à cette positivité in vitro n’est pas établi.
Une observation très intéressante a été formulée par l’équipe de Drouet
: une grande majorité des patients ayant eu un choc à la Gélofusine® avaient une réactivité pour le chat, le bœuf et le porc, voire s’inscrivaient dans un syndrome porc-chat.
Il est possible que ces réactions allergiques à des protéines de mammifères lors d’un contact parentéral relèvent du même mécanisme que les accidents survenus avec le cetuximab (Erbitux®)
, c’est-à-dire une sensibilisation à des épitopes glucidiques croisants du type galactose-1,3-galactose, lesquels ont été récemment impliqués également dans la réactivité aux phanères
et aux viandes de mammifères
.



