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Graines : généralités
vendredi 16 mai 2008, par
On a coutume de séparer les réactions allergiques aux graines en des thèmes distincts : les céréales, l’arachide, les fruits à coque, le sésame, le sarrasin, la moutarde, etc..
Pourtant les graines ont au moins 2 points communs : la nature de beaucoup de leurs allergènes et la part importante qu’elles prennent dans les allergies dues à des aliments d’origine végétale, notamment sur le plan de la sévérité
.
La banque du CICBAA, en mai 2007, comportait 45% de cas d’allergie dues aux graines avant l’âge de 15 ans et encore 35% après 15 ans malgré la montée des allergies dues aux fruits (comm. pers., D-A. Moneret-Vautrin).
Le Réseau d’Allergo-Vigilance avait colligé 8 décès en septembre 2007 , dont 6 dus à des graines (fruits à coque, arachide, soja)
. Et parmi les 900 déclarations de réactions allergiques sévères en mai 2010, 450 concernaient des graines (50%) .
De par leur rôle commun qui est de nourrir la plantule et de combattre les agressions biotiques et abiotiques
, les graines possèdent souvent des protéines similaires
: des prolamines de stockage (ex. gliadines, 2S albumines) ou de défense (ex. LTP, inhibiteurs trypsiques), des cupines, des PR-10, etc.. ![]()
Le tableau ci-dessous donne un aperçu des protéines IgE-réactives dans les graines :
La composante protéique joue, bien sûr, un rôle important dans le potentiel plus ou moins allergénique des graines.
Mais elle n’est probablement pas la seule : parmi les graines qui suscitent volontiers des réactions allergiques sévères, beaucoup sont des graines oléagineuses. On pourrait citer ainsi l’arachide, le sésame, la noix, le tournesol, etc..
La forme, délipidée ou non, sous laquelle l’aliment est ingéré semble influer sur l’allergénicité de la graine ou de sa farine
. Cette composante lipidique est retrouvée lors de TPO
. Et les réactions au contact d’huiles végétales issues de graines (par opposition à l’huile d’olive, par exemple) pourraient être un autre exemple d’une synergie lipides/protéines quand on sait que ces réactions mettent en jeu des doses infimes de protéines
.
La plupart des graines allergisantes sont inscrites dans la liste qui rend obligatoire l’étiquetage des denrées alimentaires (décret n° 2005-944) : on remarquera, cependant, l’absence de certaines graines comme le sarrasin, le tournesol ou les pignons de pin.
De même les mentions « soja », « moutarde » ou « sésame » sans indication de leur origine botanique peuvent être à l’origine de contestations.
Les principales graines allergisantes sont traitées dans des articles différents :
- Arachide (voir aussi Fabacées (Légumineuses))
- Soja
- Lupin
- Pois, haricot, etc.. voir Fabacées
- Noisette, noix, noix de cajou, amande, noix du Brésil, etc.. voir Fruits à coque Généralités, Monographies, Réactivités croisées
- Farines de céréales
- Sarrasin
- Sésame
- Moutarde, colza : voir Brassicacées (Crucifères)
- Châtaigne (voir aussi Latex et aliments)
- [Cumin, carvi, anis, etc.. voir Apiacées (Ombellifères)
Un certain nombre de graines d’intérêt allergologique moindre ou plus récent sont traitées dans le présent article :
– les graines de tournesol
– les graines de pin ou pignons
– les graines de pavot
– les graines de lin
– les graines de ricin
La liste des graines ayant fait l’objet de descriptions de réactions allergiques est très diverse
: café, muscade, fenugrec, cacao, etc...
Elle ne peut que s’allonger sachant la mode actuelle d’incorporer des graines dans des produits de boulangerie ou du fait du développement d’une cuisine « inventive ».
Mais des graines jusqu’alors exotiques ou non consommées sont aussi ingérées telles quelles ou grillées, par exemple en accompagnement d’une boisson rafraîchissante ou apéritive.
On peut citer un cas d’allergie alimentaire aux graines de courge africaine (Cucumeropsis mannii)
, un autre aux graines de cannabis
.
D’autres causes d’allergie peuvent être vues :
- allergie alimentaire aux pépins d’agrumes

- allergie respiratoire vis à vis de graines destinées aux oiseaux : graines de Guizotia abyssinica
, - allergie alimentaire avec des graines de citrouille utilisées comme appât pour la pêche

Enfin certaines épices sont utilisées sans séparation de la graine et de son enveloppe :
- c’est le cas par exemple pour la cardamome (Elatteria cardamomum)

- et le poivre (Piper nigrum)
- A l’inverse, le poivre de Sichuan (Zanthoxylum simulans, Rutacées) est constitué de l’enveloppe mais pas de la graine.
Graines de tournesol
Les graines de tournesol peuvent être à l’origine de réactions allergiques alimentaires
. Des cas d’anaphylaxie ont été décrits
.
Dans certains pays, la consommation de ces graines est importante (Grèce, Allemagne), y compris crues (Espagne).
Sinon les graines de tournesol sont présentes dans des produits de boulangerie et dans des « barres de céréales ».
La fréquence réelle des cas d’allergie aux graines de tournesol est mal connue. La positivité des tests sériques ou cutanés peut rester muette cliniquement
.
Osterballe a trouvé 26% de TC positifs pour le tournesol parmi une cohorte de patients polliniques au Danemark
: mais ces TC positifs étaient sans relevance clinique.
Globalement l’allergie semble rare
et le Réseau d’Allergo-Vigilance ne recensait que 4 cas parmi 900 déclarations en mai 2010.
L’huile de tournesol est à l’origine de cas rarissimes d’allergie
, cette huile étant habituellement bien raffinée. Une protéine de 67 kD a pu y être identifiée
.
Les graines de tournesol sont aussi la cause d’allergie respiratoire par inhalation de poussières. C’est notamment le cas pour les personnes s’occupant, à titre professionnel ou non, de volières
.
Les graines de tournesol sont prisées par les perroquets. Par exemple. Axelsson avait montré que les patients atopiques au contact d’une volière présentaient souvent un RAST ou un TC positif pour les graines de tournesol.
La sensibilisation aux graines utilisées pour nourrir les oiseaux peut faire partie du diagnostic différentiel d’une pathologie respiratoire, au même titre que les poussières inhalées d’origine animale (plumage, déjections).
Pollinose et allergie alimentaire au tournesol
En dehors du terrain atopique favorisant des sensibilisations diverses, la pollinose pourrait induire une allergie croisée avec les graines de tournesol.
On pensa d’abord au pollen de tournesol. mais des résultats de réactivité croisée in vitro
et d’observation de patients polliniques au tournesol
semblent indiquer une absence d’allergie croisée pollen/ graine de tournesol.
Le pollen de tournesol provient d’une plante faisant partie des Composées et, du fait de sa fréquence, une sensibilisation à une plante proche comme l’armoise pourrait déboucher sur une allergie aux graines de tournesol.
Des essais de réactivité croisée armoise/graine de tournesol sont restés négatifs
.
Mais la coïncidence armoise/tournesol chez le même patient n’est pas rare :
- de nombreux cas cliniques isolés d’allergie aux graines de tournesol font état de TC positifs pour l’armoise et/ou d’autres pollens de Composées

- Axelsson
observe 2 fois plus de TC armoise positifs (soit 1 sur 2) chez les sujets ayant un TC positif pour les graines de tournesol … mais, cependant, pas de TC armoise positif parmi 3 patients avec allergie clinique à ces graines
– *Garcia-Ortiz
note 11 cas d’allergie aux graines de tournesol parmi un collectif de 84 patients mono-polliniques à l’armoise. - Dans une autre étude espagnole, sur 11 polliniques, tous positifs pour l’armoise 6 rapportaient des réactions avec les graines de tournesol

La pollinose ou la réactivité cutanée pour l’armoise est donc relativement fréquente en association avec une réactivité pour les graines de tournesol. Ce n’est pas toujours une mono-réactivité armoise et les patients sont volontiers poly-polliniques
.
Il est donc difficile de faire la part entre un lien moléculaire armoise – tournesol et une susceptibilité atopique plus générale.
Quoi qu’il en soit, l’association graines de tournesol / pollen d’armoise ou de Composées mériterait d’être recherchée plus souvent.
Les allergènes des graines de tournesol
Plusieurs travaux ont décrit des bandes IgE-réactives diverses dans les graines de tournesol, sans les caractériser
.
Une réactivité autour de 12-14 kD a été souvent repérée.
- Elle doit correspondre à la 2S albumine nommée SFA-8
. - Cette 2S albumine est avancée comme étant l’allergène principal.
- Mais cela dépend des pays : une LTP nommée Hel a 3 est importante en Grèce
et en Espagne
.
Récemment, Teuber a trouvé une réactivité à 25-30 kD qui pourrait représenter un fragment de l’hélianthinine (11S globuline)
.
Stabilité des allergènes des graines de tournesol
La stabilité de Hel a 3 n’a pas été spécifiquement étudiée, mais, comme pour les autres LTP, elle est probablement bonne.
SFA-8 résiste très bien au grillage des graines
, ainsi qu’à la digestion pepsique
.
De plus SFA-8 peut former des émulsions en milieu stomacal, ce qui tend à retarder la dégradation protéolytique
.
Réactivité croisée des graines de tournesol avec d’autres graines
La 2S albumine SFA-8 des graines de tournesol est un peu atypique : c’est un monomère
et la boucle qui est souvent le siège d’un épitope important sur les 2S albumines a une conformation particulière sur SFA-8
.
Par ailleurs SFA-8 a une faible homologie avec les autres 2S albumines, par exemple 34% avec Ber e 1 (noix du Brésil), ainsi qu’avec la delta-conglutine du lupin (17% d’identité).
Une réactivité croisée a été notée avec la moutarde
, ou avec la pistache
.
Les auteurs de la Nut Allergy Survey aux USA, bien que n’observant pas une proportion plus élevée de cas pour le tournesol parmi les allergiques à l’arachide comparativement à la cohorte globale (10% vs 13%), soulignaient que 11 des 17 patients rapportant des réactions sévères avec le tournesol étaient allergiques à l’arachide
.
Des travaux complémentaires sont nécessaires pour préciser une association immunologique entre tournesol et d’autres graines.
Pignons de pin
Les graines comestibles proviennent de Pinus pinea ou Pinus edulis.
L’espèce Pinus cembra fournit des graines destinées aux oiseaux, les arolles. Elles peuvent aussi être la cause de cas d’allergie
.
Malgré une consommation relativement réduite, les pignons de pin ont été la cause de plusieurs observations de réactions allergiques très sévères
.
Le Réseau d’Allergo-Vigilance avait collecté 11 observations sur 900 dossiers en mai 2010. Ce qui est très significatif d’une allergénicité importante, eu égard au niveau de la consommation de pignons dans les pays du Réseau.
Une anaphylaxie succédant à un TC natif avec le pignon a même été décrite
.
L’allergie aux pignons peut débuter tôt (1 an
) … ou se révéler tardivement (87 ans)
!
L’allergie aux pignons semble plus fréquente en Espagne
.
A noter que la recette de la sauce pesto fait appel à des pignons (qui peuvent ainsi se comporter en « allergènes » cachés »), tandis que le pistou ne contient généralement pas de pignons.
Les allergènes des pignons sont mal connus et les bandes positives en blot diffèrent d’un auteur à l’autre
.
Des difficultés techniques sont en partie à l’origine de ces discordances
.
Malgré tout, un allergène de 17 kD est noté par plusieurs auteurs
.
Teuber estime que le CAP manque de sensibilité
.
Allergie aux pignons et pollinose
Une pollinose peut être présente mais semble assez inconstante.
Une allergie croisée avec le pollen de pin pourrait être évoquée mais n’a pu cependant être retrouvée dans la quasi-totalité des cas d’allergie aux pignons
.
Allergie aux pignons et arachide
S’il a pu être constaté des allergies (ou des réactivités cutanées) pour l’arachide et pour les pignons dans certaines cohortes de patients, de nombreux arguments plaident en faveur d’une double sensibilisation plutôt que d’une allergie croisée :
- avec un même recrutement, telle une allergie aux fruits à coque ou au sésame, les positivités pour les pignons sont très rares comparativement à celles pour l’arachide

- quand l’allergie concerne les pignons on trouve autant de TC positifs que de TC négatifs pour l’arachide
.
Allergie aux pignons et fruits à coque : cf. fruits à coque
Graines de pavot
Il est décrit dans la littérature un nombre limité de cas d’allergie alimentaire aux graines de pavot
.
Wüthrich donne 2 cas d’allergie au pavot parmi 383 cas d’allergie alimentaire
.
Et le Réseau d’Allergo-Vigilance n’en a répertorié aucun jusqu’à présent (mai 2010).
Osterballe a trouvé 10% de TC positifs pour le pavot parmi une cohorte de 223 patients polliniques au Danemark
: mais ces TC positifs étaient sans relevance clinique.
Jensen-Jarolim a montré la présence de plusieurs bandes IgE-réactives
: celle de 45 kD pourrait correspondre à une réactivité de type CCD. Selon les auteurs de ce travail (résultats non publiés), les bandes de 14 et 17 kD ont été pourraient être une profiline et une PR-10 car inhibées par rBet v 2 et rBet v 1 respectivement.
Même si un grand nombre d’allergies au pavot proviennent d’Allemagne ou d’Autriche, l’appartenance du pavot au syndrome bouleau-aliments n’est pas établie : en effet, une pollinose au bouleau n’est pas présente chez tous les patients, voire même une pollinose tout court
.
Il est possible que certains allergènes du pavot soient thermostables car des TC positifs ont pu être montrés avec des graines grillées
.
L’association éventuelle pavot/fruits à coque est discutée ailleurs.
Graines de lin
L’usage grandissant des graines de lin en boulangerie et comme laxatif pourrait faire émerger cette allergie qui, pour le moment, reste exceptionnelle
mais susceptible de générer des réactions très sévères
.
Les allergènes impliqués dans ces réactions n’ont pas été identifiés et, en blot, les bandes trouvées positives avaient un masse apparente très variable d’un patient à un autre.
Il n’a pas été relevé de pollinose particulière chez les patients ayant réagi aux graines de lin.
Une réaction croisée avec la noix est citée par Gall
dont la nature CCD est probable.
Graines de ricin
Les graines de ricin peuvent servir d’engrais dans des cultures maraîchères.
L’huile tirée des graines de ricin est utilisée comme excipient dans des préparations injectables (= crémophor EL) et dans de nombreux produits cosmétiques
.
Il a été rapporté des cas d’anaphylaxie en rapport avec des médicaments injectables et d’allergie de contact avec les cosmétiques.
De plus, la graine de ricin est un toxique violent du fait de la présence d’une protéine à activité inactivante des ribosomes (ribosomal inactivating protein, RIP), la ricine.
D’exceptionnels cas d’anaphylaxie après ingestion ou seulement mâchage d’une graine de ricin ont été rapportés
.
Plus répandus sont les cas d’asthme professionnel dus à la manipulation ou à la transformation des graines de ricin. Le contact allergisant se fait par inhalation de poussières de graines
.
On a décrit plusieurs allergènes dans les graines de ricin
, dont une profiline, des 2S albumines (Ric c 1 et Ric c 3) et une 11S globuline (Ric c 2). Une étude a montré que Ric c 1 était positif chez presque tous les patients sensibilisés aux graines de ricin
.
La réactivité croisée du ricin avec d’autres Euphorbiacées n’a pu être confirmée dan un travail comparant des patients finlandais allergiques au latex et des patients français polliniques à la mercuriale ou allergiques à la poussière de graines de ricin
.
- Cette étude montrait aussi que les tests in vitro souvent positifs pour ces divers produits n’étaient que rarement retrouvés en TC : aucun TC positif pour la graine de ricin chez les finlandais et seulement 1 TC positif latex parmi les 35 patients français.
Cette absence de réactivité croisée entre divers produits issus d’Euphorbiacées était notée aussi pour le manioc, aucun des polliniques à la mercuriale ou allergiques à la graine de ricin n’ayant une IgE-réactivité pour le manioc
.




