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Evolution des connaissances depuis la poussière

mardi 28 août 2007, par Dr Philippe Auriol

Au milieu du siècle dernier, la poussière était considérée comme l’allergène le plus fréquent de notre environnement et les industriels tentaient d’obtenir la "meilleure" poussière en diagnostic ou en thérapeutique. Ce sont les travaux d’éminents chercheurs et leur vulgarisation par certains de nos maîtres (comme Mme le Pr Pauli) qui nous ont permis d’appréhender le rôle des acariens et des phanères d’animaux dans ces extraits à la fin du siècle dernier et maintenant la place que tiennent les familles moléculaires concernées dans l’allergénicité.

Tu es poussière et tu retourneras à la poussière

Dans les années 1975, Aalberse, un chercheur Néerlandais, démontre in vitro l’Ig-E réactivité de la poussière [1]. Un extrait de poussière étudié avec le radio-allergo-sorbent-test (RAST) montre une réactivité certaine. Cette réactivité était déjà bien connue et utilisée par les médecins allergologues depuis des années.

Très tôt, les médecins allergologues ont compris que toutes les poussières n’étaient pas égales et que les composants de celles-ci devaient être identifiés plus précisément.

En 1972 déjà, Mme Pauli G [2] souligne la place des acariens chez les personnes réactives à la poussière de maison.

D’autres auteurs trient les composants de cette fameuse poussière et y trouvent des acariens, des phanères animaux, des moisissures et finalement quarante cinq antigènes différents qui composent cette fameuse poussière vendue pour tests et traitements selon l’analyse qu’en a fait Carlsen [3].

La poussière n’est pas la seule a être mise en exergue comme source allergénique au 20e siècle : le candida, les dermatophytes sont sujets eux aussi à une IgE réactivité. L’allergie microbienne est alors évoquée pour nombres de ces souches :

  • La trychophytine injectée chez un sujet sensibilisé au Trichophyton interdigitale entraîne une urticaire généralisée, une rhinite et un choc anaphylactique [4]
  • Longbottom met en évidence l’IgE réactivité au Candida Albicans (1970) [5]
  • L’hyper réactivité retardée est elle aussi très étudiée et les IDR et tests de transformation lymphoblastiques démontrent l’antigénicité de ces souches microbiennes.

Certains auteurs n’hésitent pourtant pas à relativiser ces notions : l’IgE réactivité n’est pas synonyme d’allergie !

Les réactions s’effectuent souvent vis-à-vis d’antigène glucidiques.

L’utilisation de ces mélanges : poussières, microbes etc. ne satisfait pas les médecins allergologues car depuis que Voorhorst et Spieksma [6] ont mis en évidence le rôle des acariens dits "Dermatophagoïdes" dans l’allergénicité de la poussière, la poussière est devenue une "source" d’allergènes mais plus un allergène...

Logiquement, l’étude des différentes familles de Dermatophagoïdes (en particulier Pteronyssinus et Farinae) amène au même raisonnement : l’acarien n’est pas l’allergène mais une source d’allergènes dont une partie est commune entre différentes espèces.

Allergènes des acariens "Dermatophagoïdes spp"

Les acariens font partie de l’embranchement des arthropodes et de la classe des arachnides. Ils se divisent en de nombreuses familles mais trois ont particulièrement leur place en allergologie :

  • les Pyroglyphidae : plus de 17 genres et 47 espèces dont les Dermatophagoïdes (Pteronyssinus, Farinae, Microceras), Euroglyphus Maynei
  • les Acaridae (ie : Acarus Siro, Tyrophagus Putrescencia etc.)
  • les Glycyphagidae ( ie : Glyciphagus domesticus, Lepidoglyphus destructor etc.)

C’est dans les années 1980 que sont établies et nommées les molécules allergisantes des acariens :

  • Der p 1 ainsi nommé en 1986 (mais décrit comme Dp42 par Lind et col dès 1979)
  • Der f 1 : anciennement appelé Df6 par Lind et coll dès 1982
  • Der m 1 : connu en 1986 sous le nom de Dm6, par Lind et coll.

Un organisme de nommage est établi (l’IUIS) qui va se charger de valider les allergènes identifiés et de leur attribuer un nom fixe dans le temps et selon une logique établie.

L’étude de ces allergènes permet d’établir la carte des allergènes des uns et des autres :

Dermatophagoïdes Farinae

Dermatophagoïdes Pteronyssinus

Ces protéines présentaient des similarités fonctionnelles et de masse qui ont amené à leur chercher une réactivité commune :

  • Der f 7 et Der p 7, même combat ! En tous cas, c’est ce que semble démontrer l’étude moléculaire de l’Australien Shen [7]
  • L’utilisation de recombinants confirme cette réactivité croisée forte entre le Pteronyssinus et le Farinae [8].

En 2008, nous voyons que le chemin parcouru de la poussière à l’allergologie moléculaire s’est fait par des étapes essentielles : IgE réactivité, source d’allergènes, dérivés glycosylés, homologie de structure. Nous avons quitté la poussière, il nous faut maintenant sortir du brouillard.

[1Aalberse & col, Interactions between IgE and house dust extracts as studied by the radio-allergo-sorbent-test. International Who-labs symposium on standardization and control of allergens administered to man. Developments in biological standards, Karger ed. Bâle, 29, 197-207 (1975)

[2Paul G & col, Importance clinique des acariens chez des asthmatiques allergiques à la poussière domestique. Résultats des tests de provocation ventilatoire. Rev Fr. Allergol., 12, 141-153 (1972)

[3Carlsen & col, Analysis of antigen in a commercial house dust extract by means of quantitative immunoelectrophoresis Allergy, 34, 155-165 (1979)

[4Wise F & col, Urticaria and Hay fever due to Trychophytin Ep. interdigitale. JAMA, 95, 1504 (1930)

[5Longbottom J and col, Antibodies mediating type 1 skin tests reactions to polysaccahride and proteins antigen of Candida Albicans. Clin. Allergy, 6, 41 (1976)

[6Voorhost et col, Is a Mite (Dermatophagoïdes spp) the producer of the house dust allergen ? Allergie und Asthma, 10, 329-334 (1964)

[7Shen HD, Chua KY, Lin WL, Hsieh KH, Thomas WR. Molecular cloning and immunological characterization of the house dust mite allergen Der f 7. Clin Exp Allergy 1995 ;25:1000-1006

[8Pittner G, Vrtala S, Thomas WR, Weghofer M, Kundi M, Horak F, et al. Component-resolved diagnosis of house-dust mite allergy with purified natural and recombinant mite allergens. Clin Exp Allergy 2004 ;34:597-603